C'est quoi ce blog?
La vie de 11 vingtenaires, leurs histoires de coeur et de sexe, leurs questions, leurs délires...
Il y a une activité qui met du baume au cœur, qui met de bonne humeur quoi qu’il arrive : la médisance. C’est méchant, c’est bas, c’est gratuit
mais qu’est-ce que ça fait du bien !
Je pense que nous avons tous deux facettes :
- la facette sociale : on est souriants, polis, toujours de bonne humeur. L’important là est de e pas faire de vague. En général, cette facette
est surtout utile au travail. Certes, ton patron est un gros connard qui exploite ses employés et abuse totalement de son pouvoir mais jusqu’à preuve du contraire, c’est lui qui signe ton chèque
à la fin du mois et qui peut te virer si tu l’insultes donc on sourit et on serre les fesses quand il nous refuse notre congé. Certes, le pote de ton mec est un pauvre nase qui ne parle que de
tuning car il n’y a que ça dans la vie qui l’intéresse mais bon, il a mouillé ses couches en compagnie de chéri donc on peut pas lui dire franchement que son aileron de bagnole, on a follement
envie de lui faire bouffer et qu’il s’étouffe avec.
- la facette langue de pute : en tout petit comité, entre amis, on se lâche. Oui, mon patron est un sale enculé qui se tape sa secrétaire qui a
un gros cul. Oui, le tuning, ça pue du boudin. Et machine, faudrait qu’elle arrête d’acheter du 36, son cul ne rentrera pas dedans, y a qu’elle pour y croire encore. Hmmmm, que c’est
bon !
Aujourd'hui, la société nous impose de ne jamais dire à la personne qui nous ennuie qu’elle le fait. Si on regarde bien, quelles personnes
aimons-nous fréquenter ? Les gens aimables, gentils, qui n’ont jamais un mot plus haut que l’autre. Ceux qui sont en permanence en conflit, on les évite. Oui, aujourd'hui, admettre que tout
le monde ne nous plaît pas, ça ne se fait pas. Y a qu’à voir, dès que je critique certaines personnes ou comportements sur mon blog, y a toujours des bien-pensants pour me traiter d’aigrie ou de
choses de ce genre. Alors qu’au fond, je ne fais dire que tout haut ce que d’autres pensent tout bas. Et franchement, la médisance, c’est le meilleur moyen de ne pas exploser à la figure des gens
qu’on est obligés de fréquenter.
Ado, je me souviens, à peine rentrée du collège, j’appelais Anne (comme si on s’était déjà pas vues toute la journée) pour médire sur nos camarades
de classe. Hypocrite ? Heu… oui mais ado, les fâcheries prennent vite des proportions incroyables : s’engueuler avec Marie, c’est se mettre à dos Stéphanie, Justine et Aurélie, voire
Thomas, le beau gosse avec qui on voudrait désespérément mélanger sa langue. Ado, ce que pensent les autres de nous compte beaucoup, hors de question de se fâcher avec les uns ou les
autres.
Après, en grandissant, on ne perd pas les bonnes habitudes. A la fac, c’était mon passe temps favori avec Yohann, mon meilleur ami. On choisissait
une cible (qui l’avait bien cherché, soit dit en passant) et ça nous permettait de se défouler un peu. Yohann était le pro pour trouver des surnoms particulièrement parlants. Par exemple, une des
connasses de la licence, il l’appelait « le petit troll boudiné ». Méchant ? Oui mais en même temps, elle m’a pas épargnée non plus. Quand il est parti en Suède, on s’écrivait de
longs mails où on taillait des costards à nos chers camarades. Bon, très franchement, nos victimes se comptaient sur les doigts de la main mais entre son Russe aryaniste et mon étudiant gonflé
d’orgueil qui ne pouvait QUE avoir raison et qui étalait sa science à longueur de temps, il y avait de quoi dire.
Outre le côté soupape de sécurité (je dis du mal de lui derrière pour éviter de lui exploser à la figure devant), la médisance a un côté
rassurant : nous sommes normaux, à côté de truc et machin. De toute façon, je ne me leurre pas : moi aussi, je suis l’objet de médisance, je ne suis pas parfaite et y a de quoi dire,
c’est le jeu. Le problème, c’est qu’il faut être médisant intelligemment. Par exemple, les connasses de la fac qui médisent sur moi devant Gauthier ou Lucie, ce n’est franchement pas malin, ça me
reviendrait forcément aux oreilles à un moment ou à un autre. La médisance est un art, mesdemoiselles, vous le ne maîtrisez pas, tant pis pour vous.
Le week-end dernier, en dormant chez Lucie, on s’en est données à cœur joie. A moitié endormies, ça taillait des costards sec, en voilà qui sont
rhabillés pour l’hiver… 2010. Faut dire que Lucie, elle côtoie des gens vraiment étonnant dans son IUFM : entre la parigote qui se demande si le pull est couleur ficelle et qui avoue avoir
appris juste un an plus tôt que les poules ça avait des ailes, celle qui commence toujours ses phrases « alors, moi, personnellement… » et notre grand ami Aristide, ben, y avait de quoi
y passer le week-end. Faut dire qu’Aristide, il est puant… dans tous les sens du terme.
J’ai des principes : j’attaque rarement sur le physique car si j’étais Adriana Karembeu, ça se saurait. En général, que ce soit avec Lucie, Anne
ou Gauthier, ce qui nous dérange c’est avant tout la saleté et la « connerie » de nos victimes. Bien entendu, la connerie est relative, on est tous le con d’un autre. Perso, je n’aime
pas les pédants, ceux qui croient tellement tout savoir qu’ils avancent des conneries plus grosses qu’eux sans même s’en rendre compte. Ceux qui sont tellement sûrs d’être détenteur de la vérité
ultime que dès qu’on dit : « je suis pas d’accord », ils se barrent sans nous laisser le temps de parler. Ceux qui ne nous laissent pas le temps de parler de façon générale en nous
gavant de leur passion. Le partage des passions, c’est bien, quand ça vire à la monomanie, c’est chiant. Surtout que moi, j’ai jamais dit que ça m’intéressait la pisciculture. Ceux qui sont d’une
ignorance crasse et s’y complaisent. Ceux qui se sont arrêté de grandir en entrant au collège et qui en sont très fiers (perso, la scatologie, ça me saoule très vite). Ceux qui en font des
caisses pour entrer dans un moule que personne ne leur a imposé…
La médisance est salvatrice, quelque part, ça évite de s’engueuler avec tout le monde. Bien sûr, quand la coupe est pleine, j’explose, je balance ce
que j’ai sur la patate mais en général, je préfère éviter les conflits, c’est fatigant et ça met de mauvaise humeur. Je suis hypocrite ? Pas tant que ça : je ne cherche pas la présence
des gens que je démonte et en général, plus ils me saoulent, plus je rentre dans le mode monosyllabe (je réponds « oui, non ») avant de passer en mode « je t’ignore ». Et puis
la médisance, c’est jouissif. Je suis sûre que des tas de gens vertueux m’expliqueront en comm que ça fait de moi une mauvaise personne mais ne soyons pas hypocrite : tout le monde médit et
c’est bon. Bon de savoir qu’on est pas parfait mais qu’il y a pire que nous.
par Nina
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