C'est quoi ce blog?
La vie de 11 vingtenaires, leurs histoires de coeur et de sexe, leurs questions, leurs délires...
Un écrivain se nourrit toujours de son entourage, de ce qu’il voit, observe, pense… Aujourd’hui, quand j’écris, je me nourris donc plus ou moins consciemment de la société du XXIe siècle. Je vis en France donc la guerre, je ne la vois qu’à la télé, je ne la vis pas. Je ne vais certainement pas m’en plaindre, bien entendu. Mais quand je lis les auteurs écrivant an temps de guerre ou juste après, on saisit toute l’incompréhension de l’homme face à cette violence inouïe. Par exemple, Moravia et les deux amis, il y a en fait trois manuscrits, un situant l’action pendant la guerre avec les alertes aériennes, les refuges anti aériens puis ensuite après la guerre, quand le communisme est la nouvelle voie politique. D’ailleurs, Moravia, de gauche, a toujours été assez sceptique face au communisme et n’a jamais osé publier ce roman. Dommage car la deuxième version, la plus aboutie, est un vrai bijou, une histoire des plus machiavélique.
Quand je regarde la littérature actuelle, je me rends compte que le sujet de la guerre fait toujours autant recette. Pas plus tard que l’an dernier, le Goncourt a été attribué à Jonathan Littell et ses Bienveillantes, le récit d’un officier allemand pendant la seconde guerre mondiale. On sent que l’auteur s’est énormément documenté pour rendre ses propos le plus réaliste possible et franchement, on ne peut qu’apprécier ce travail là. Mais force est de constater que, souvent, la haute littérature, si j’ose dire, concerne les guerres (tout comme les films mais je vais pas développer ce point dans cet article sinon, je vais faire une vraie dissert). Pourquoi mais pourquoi ? Outre le côté incompréhension de la violence, la guerre permet de montrer des héros commettre des actes dont ils ne se sentaient pas capables pour leur survie, de mettre en scène des gens ordinaires devenir des héros. Oui parce qu’à vue de nez, je dirais que, globalement, les romans sur les guerres mondiales et particulièrement la Seconde mettent en scène des résistants face à la barbarie plutôt que des collabos. Pourtant, quand je lis le Conformiste de Moravia ou Les bienveillantes de Littell, je trouve que l’autre côté est tout aussi passionnant. Posture plus dangereuse ? Certains vont dire que parler au nom des « méchants », c’est légitimer un peu leurs actions mais cette posture angélique me gonfle. Si tout le monde avait été résistant, ça se serait su. On retrouve souvent dans la littérature de guerre une espèce d’exaltation de l’héroïsme. Sans doute que la vie quotidienne, celle où il ne se passe rien de notable, n’intéresse plus guère. Pourtant, quand on lit des Zola, Flaubert ou Maupassant, qu’on aime ou pas, ça reste des sources fantastiques en histoire sociale, il y a de quoi dire.
Pour en revenir au sujet de départ, je pense que pour tout scribouillard qui se respecte, vivre en temps de guerre est forcément source de milliers et de milliers d’idées. Témoin de son temps, l’écrivain vit des choses extraordinaires en temps de guerre donc forcément, rien qu’en écrivant le récit de sa vie à ce moment là, il a des milliers d’interrogation, sujets de réflexion ou autre. Pourtant, il me semble que notre époque n’est pas non lus dénuée d’intérêt même si on ne vit pas sous la menace d’attaques aériennes ou autres. Pourquoi les écrivains d’aujourd’hui (mais pas qu’eux, le cinéma aussi et parfois la musique) vont toujours puiser dans notre background historique pour réaliser leurs histoires ? Bien sûr qu’en temps de guerre, le quotidien est transfiguré. Mais quand je lis L’élégance du hérisson ou les yeux jaunes du crocodile, je me dis que notre vie d’aujourd’hui, y compris dans sa routine, est sujet de roman, pour peu qu’on sache la reporter avec talent.
Commentaires
Mais Dieu merci, tous les films ne nous parlent pas des guerres sinon, j'en ferais une vraie overdose !
Mais si on regarde les siècles précédents, et les romans de la haute littérature... le véritable sujet qui fait recette, c'est l'amour. Et je dis ça sans niaiserie aucune, une Education Sentimentale, Un Rouge et Noir, et même une Ulysse... toujours l'amour et les relations humaines.
Je me contenterais de dire que en temps de guerre, l'écrit est une arme comme une autre, et redoutablement efficace, pour lutter contre l'oppresseur. La résistance a commencé avec une floraison de petits journaux clandestins qui jaillissaient un peu partout.
Et en temps de paix, la guerre est sujet qui passionne car elle fait appel aux extrêmes de la psyché humaine: la violence, les passions, l'injustice, la colère... toutes les passions sont démultipliées et l'écrit participe d'un besoin de compréhension de ce qui peut provoquer de tels extrêmes. Comment peut-on en venir à vouloir éradiquer une race, à tuer un autre être humain qu'on ne connait même pas sous prétexte qu'il ne porte pas le même uniforme que vous, pourquoi les uns obéissent servilement, pourquoi les autres se révoltent...
Ecrire agit ainsi comme une sorte de cure psychanalytique, on exorcise ses peur et ses angoisses, on cherche à savoir pourquoi, comment ça fonctionne.
Le sujet est donc "facile" et "attrayant" en cela qu'il est très dense.
Mais, pour évoquer un autre point de vue, il y a eu pas mal d'auteurs qui justement ont clamés que la littérature ne devait pas s'occuper de ce genre de choses si elle voulait rester "pure". Partisans de l'art pour l'art, la littérature devait en somme se concentrer sur la "forme", sur le style: le sujet n'est pas important,et un beau livre doit l'être par son style. Flaubert à écrit un jour que ce qu'il désirerait, c'est "écrire un livre sur rien", un livre qui ne se tiendrai que par la force du style. Là était pour lui le but ultime de l'art.
Comme il l'a dit si joliment "on peut mettre un immense amour dans l'histoire d'un brin d'herbe"
Et je vais m'arrêter sur ces belles paroles, parce que sinon j'y suis encore demain. Merci Nina, je trouve cet article très intéressant.
Après, je n'aime pas les romans basés que sur le style. Quand je lis un Moravia qui est impressionnant tant sur le fond que sur la forme, je me dis que là, on obtient un sommet de littérature. Je n'ai d'ailleurs jamais aimé Flaubert.
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Le devoir de mémoire, on le comprend très bien. Et il est vrai qu’en ces temps là, le vivier des histoires extraordinaires arrivant à des petits gens ordinaires est vaste. Mais je ne peux m’empêcher d’y voir comme une recherche des sentiments vécus par nos grands-parents et peut être une culpabilité car nous ne les avons pas ressentis, nous les post baby boomers… On parle toujours de la culpabilité du survivant, mais ne sommes-nous pas des survivants de la 2e guerre mondiale ? des survivants de la guerre du Golfe, d’Afghanistan, de Tchétchénie, du Rwanda, pour la simple et bonne raison que nous vivons dans un pays où la seule guerre d’actualité est celle des médias ? S’approprier la douleur et le ressenti de ceux qui subissent nous permettrait-il d’expier la culpabilité de savoir qu’il y a de la souffrance ailleurs, pas très loin, mais que nous n’y pouvons rien ?
Personnellement, je ne suis pas aficionada de ce genre de littérature car il me prend trop à la gorge s’il est trop bien écrit. Dans le cas contraire, je me dis que j’ai qu’un caillou à la place du cœur alors que la faute vient juste des mots de l’auteur qui ne me touchent pas.
Après, je ne suis point un exemple, j’arrive même pas à finir un livre d’Anaïs Nin car je trouve qu’elle me raconte trop dans son bouquin. De toute façon, je préfère Garfield aux fusils, na.
Après, je sui spas particulièrement fan de ce genre de littérature, ça dépend des périodes! :)