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La vie de 11 vingtenaires, leurs histoires de coeur et de sexe, leurs questions, leurs délires...

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Long débat depuis la création de ce blog, la drague dans la rue est-elle à encourager ou à proscrire ? En tant que vingtenaire « potable » (copyright NWH), voilà pourquoi la drague dans la rue est pénible à supporter.
 
Hop!
Posons le décor. Un jour comme un autre, mettons en été. Il fait beau et il fait chaud, j’ai donc rangé ma bourca au placard et j’ai enfilé ma tenue fétiche de l’été, à savoir une robe bleue assez courte avec un décolleté carré. Ok, elle est sexy, cette robe, elle a même traumatisé Gauthier qui se souvient très bien du soutien-gorge que je portais la première fois qu’il l’a vue mais pas du tout de la couleur de la robe. Mais je ne me suis pas habillée comme ça pour séduire, juste parce qu’en été, sortir le moins couverte possible me rend la vie plus agréable. Je chemine donc. Soudain, un individu de sexe masculin décide que je suis à son goût et fond sur moi tel un aigle sur sa proie et me sort une phrase hautement poétique… ou non. Du « t’as de beaux yeux » ou « que vous êtes belle, mademoiselle » au terrible « t’as des beaux seins » ou l’atroce « t’es bonne ». Les deux premiers gagneront un « merci » accompagné d’un sourire, les deux autres, soit je les ignore, soit je leur jette un regard noir.
 
Parfois, l’homme se contente de ce compliment, il gagne un sourire (ou pas) et tout le monde est content. Mais le dragueur lourd rode et parfois, tape l’incruste. « Hé, tu veux pas boire un verre ? » Alors, messieurs, en général quand je marche dans la rue (en plus, je marche vite), c’est que je suis là pour me rendre d’un point A à un point B, pas pour aller boire un verre, surtout avec un inconnu total qui est entré dans ma sphère depuis une demi-minute. Je me souviens d’un matin gris dans la ville rose, je quittais le métro pour aller prendre le bus. A l’époque, j’avais une sorte de besace dont l’anse passait entre les seins, faisant un étrange effet push up. Trois mètres après avoir quitté le métro, un mec m’accoste.
« Salut, t’es mignonne, où tu vas ? (en gros)
- Je vais prendre le bus pour bosser.
- Tu veux pas qu’on prenne un café ?
- Non, je vais bosser, là… »
Je croyais que l’amour rendait aveugle, pas sourd. Pour me débarrasser d’un lourdingue, je parle de mon « fiancé » (réel ou inventé, selon le moment de ma vie) et là, ce qui m’horripile au possible, c’est cette réponse qui accompagne cette excuse (parfois) : « c’est pas grave, je suis pas jaloux ». Sous-entendu : on s’en tape de ton copain, tu peux coucher avec moi quand même. Alors, voilà, si j’ai envie d’une passade, je ne vais pas attendre qu’un mec dans la rue me donne l’autorisation et puis je le trouve gonflé : « je ne suis pas jaloux ». Il ne manquerait plus que ça, tiens ! Il veut pas que je lui file l’adresse de mon mec pour qu’il lui pète la gueule, aussi ?
 
Souvent, un simple non ou la volonté de signifier au monsieur qu’on est pressée ne suffit pas. Donc quand le relou s’accroche, je sors ma panoplie de garce (et voilà la phrase qui va faire exploser les comms et me faire détester par les lecteurs mâles). Tu veux pas me lâcher ? Ok, je cède, je te file un rendez-vous auquel je n’irai pas, un numéro de téléphone qui n’est pas le mien (c’est là que je me dis que j’aurais dû garder les numéros de téléphone de  Benoît, qu’on rigole un peu), une adresse email fausse (oups, j’ai oublié une lettre dans mon nom de famille, c’est idiot). Des fois, je m’invente même un prénom. Je n’aime pas faire ça, franchement, mais y a des cas extrêmes où on n’a pas le choix. Sauf qu’évidemment, je recroise toujours les messieurs en question. Dans mon bled natal, alors que j’avais 16 ans, j’avais filé rencard à un gars qui rôdait toujours autour du lycée et, évidemment, j’y suis pas allée. Quelques jours plus tard, je me balade en ville avec ma maman et là, le gars apparaît en face de moi. Panique totale, surtout que le mec est plutôt du genre pas très aryen et ma mère plutôt du genre raciste… Mais bon, heureusement, le monsieur m’a pas vue.
 
Outre le fait que je n’ai pas que ça à faire de me faire draguer quand je suis dans la rue, 99 fois sur 100, le mec qui s’adresse à moi en aurait fait autant pour n’importe quelle fille « potable » qui passait par là. D’ailleurs, certains sont particulièrement doués : une fille passe, hop, ils se prennent un vent et attaquent de suite la suivante. Certains enchaînent si vite qu’on les voit se prendre un vent et hop, ils se tournent et s’en prennent à nous. Quand j’étais adolescente, je m’étais faite draguer par un lourdingue qui s’appelait Nino. « Ah, Nino, Nina, on était faits pour se rencontrer ! Comme t’es trop belle, j’suis amoureux ! ». Ah ? Bon, à l’époque, j’avais pas un succès fou auprès des hommes (j’avais un look : mon t-shirt me sert de tente) mais c’est pas pour autant que j’ai cédé. Et j’ai bien fait : ce gars a dragué la moitié des jeunes filles de 15 à 25 ans de mon bled.
 
Alors là, les hommes vont s’indigner : « et alors, y a une limite sur les filles à draguer ? ». Le problème de la drague, c’est qu’on a la sensation qu’il faut un rendement. Un mec qui est posé à la sortie du métro, par exemple, et qui reluque toutes les nanas, je vais avoir la sensation que le seul but du jeune homme est de se trouver une compagne pour la nuit (ou pour la semaine), peu importe laquelle, du moment qu’elle ressemble plus ou moins à quelque chose. De plus, la drague n’a rien d’exaltant : aucun jeu de séduction, rien, le prédateur s’abat sur sa proie, si ça marche, tant mieux, sinon, tant pis. Et puis peu importe qui je suis, ce que je fais, ce que j’aime, ce que je pense… Seul l’emballage compte. Du coup, je mets de moins en moins de jupes quand je sors car, systématiquement, ça attire les dragueurs en manque, n’importe quelle fille vous le dira. N’ai-je pas le droit de me faire belle ET d’avoir la paix ? Je ne m’habille pas comme ça pour attirer les hommes, juste pour me faire plaisir ou pour plaire à mon homme.
 
Personnellement, je ne me vois pas draguer un homme dans la rue. Il m’arrive parfois (souvent) de croiser des hommes hautement désirables mais je ne vois pas l’intérêt de les aborder. Au mieux, je joue au jeu du regard (je te regarde, je me détourne, je te regarde…) et ça me suffit amplement. Parfois, si nous descendons au même arrêt de métro, je m’amuse à rester dans son sillage le temps qu’il reste sur mon chemin mais je n’ai pas besoin de plus. Le physique est certes alléchant mais que sais-je de lui ? Une enveloppe ne suffit pas, j’aime bien quand il y a une certaine complicité. Et puis, ce monsieur n’a peut-être pas le temps de se faire draguer, peut-être va-t-il travailler ou rentre-t-il chez lui ? Ou pire, il va rejoindre sa maîtresse pour une brouette crapuleuse.
 
En somme, je pense que la séduction est un art, la drague un vulgaire avatar qui m’insupporte. Il y a un temps et un lieu pour séduire et je ne pense pas que la rue, alors que je chemine vers un but précis, soit particulièrement indiqué. Un cœur, on le gagne, on n’essaie pas de l’arracher de force.
Publié dans : Sexe et séduction
Jeudi 15 décembre 2005

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