Il est parfois hallucinant de se retourner un peu en arrière et voir à quel point les gens qui nous attiraient comme des aimants il y a quelques mois nous rendent désormais totalement indifférents.

Ce soir, je m’en vais faire des courses, quelques fruits, du lait, des bas, du dentifrice, du maquillage, des capotes… Enfin, que des trucs essentiels, en somme. Je fais la queue à la caisse, mon esprit parti loin, très loin, hors de ce vilain supermarché bondé. Je paye, je trace la route, pressée de rentrer chez moi. En octobre, la nuit tombe de plus en plus tôt, quelle déprime. Au coin d’une rue, je manque de percuter un jeune homme et là, j’atterris : Julien. Pas le Julien de meetic mais un autre (oui, dans ma vie, j’ai tendance à retomber toujours sur les mêmes prénoms). Je lui dis bonjour, on papote cinq minutes. Je suis pas maquillée, habillée moyennement bien, bref, profondément attirante. Et en plus, j’ai mes capotes dans mon sac… Ils sont sympas chez Mannix de faire des boîtes argentées super discrètes… Enfin, à la limite, peu importe.
Ce garçon, il me rendait dingue, dans le temps. J’ai trouvé un appart pas loin de chez lui, j’espérais le croiser… Je me souviens des soirées qu’on passait à discuter au téléphone, ses grandes phrases troublantes : « je suis dans mon lit, là… ». Mais il avait une greluche (il l’a toujours, je crois, d’ailleurs). C’est pas grave : dans mon optimisme forcené, je me disais qu’il finirait bien par la plaquer (accessoirement, pour moi). Donc, en attendant, je me mets sur meetic, je fornique avec Louis puis Benoît. Un jour, je croise le Julien dans la rue et là, je me rends compte qu’il a des jambes courtes, un torse long et qu’il marche un peu comme une poule… (la tête en avant, le cul en arrière) J’en parle à Gauthier qui me dit : « c’est normal, tes hormones sont calmées, tu ne vois plus les choses pareilles ! ». Ce n’est pas faux.
Petit à petit, je l’ai rangé dans un coin de ma mémoire, j’ai à faire avec lui tous les mois pour un webzine mais c’est tout. Et ce soir, alors que je pensais à un autre garçon, le voilà qui revient de façon presque violente dans ma vie et… rien. Alors que je lui parle, mon cœur reste calme, aucune chaleur ne vient s’immiscer entre mes deux reins. Rien, rien, rien.
On discute donc quelques minutes du webzine, de boulot, je rentre chez moi, interpellée. Comment un mec qui m’a rendue dingue pendant facilement quatre mois peut me laisser à ce point indifférente aujourd'hui ? Ce n’est pas la première fois que ça arrive. La dernière fois que j’ai vu Bertrand, pourtant toujours aussi sexy, je l’ai regardé avec indifférence et j’ai été même déçue. Ce mec qui m’avait fait fantasmer tout l’été, je ne ressentais plus rien. Je passais mes nuits à imaginer ses lèvres parcourir mon corps, ses mains découvrir délicatement les recoins de mon intimité… Et là, plus rien.
Notre cœur est donc à ce point joueur ? Comment se fait-ce que celui qui nous enflammait hier nous laisse indifférente aujourd'hui ? Quand je pense à tous ces rêves hautement érotiques, toutes ces nuits à rêvasser à l’objet de mon désir… Tout ça pour ça. Où sont passées mes turpitudes ? Pourquoi je n’ai plus de frissons quand ce monsieur, en me faisant la bise, m’effleure le bras ? Quelque part, la disparition de toutes ces sensations est frustrant. On se prend la tête pour trouver le moyen de séduire un jeune homme qui nous chamboule le cœur puis, un jour, il nous laisse indifférente.
D’un autre côté, c’est rassurant. Oui, ça montre qu’on se remet toujours de tout ça. Bon, tant avec Julien qu’avec Bertrand, je ne me suis pas pris de râteau puisque je ne me suis pas déclarée. Mes désirs se sont éteint d’eux-mêmes, sans doute par manque « d’entretien », si j’ose dire. Quand je suis à fond sur un mec et que j’ai la sensation que je ne pourrai pas vivre sans eux, ça me permet de relativiser les choses : à chaque fois que j’en pince pour un mec, je sais que si ça ne se passe pas, je m’en remettrai.
Après tout, mon désir pour ces garçons n’est pas né d’un manque affectif ? Du coup, à partir du moment où ce manque est comblé, ils disparaissent de mon paysage « amoureux » ? Car je suis quelqu’un qui ne supporte pas de ne pas avoir un « objet de désir » sous la main. J’aime rêver et fantasmer, j’accroche donc rapidement une cible qui peut être remplacée par une autre au gré de mes rencontres. Mais il reste que pour certains, la flamme ne s’éteindra jamais tout à fait.
Le désir inassouvi est vraiment un sentiment étrange, il nous prend aux tripes, envahit notre esprit et s’éteint sans qu’on s’en rende vraiment compte… Jusqu’au jour où on rencontre l’objet de nos fantasmes les plus fous dans la rue et qu’on se rend compte qu’on n’a plus du tout envie de lui.
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