Black mirror, une dystopie qui imagine les dérives de la télé-réalité

La télé-réalité, un bon ingrédient de dystopie


J’ai toujours eu une sorte de fascinationrépulsion pour la télé-réalité. En fait, je ne comprends jamais comment on peut se passionner pour ce spectacle du vide et de l’ennui. Je veux dire, on enferme des gens pendant des jours sans rien de particulier à faire… Moi, j’irais gentiment me fracasser le crâne contre un mur à un moment (en vrai, je serais éliminée la première semaine). Je ne suis pas grande cliente de la télé-réalité (déjà parce que j’ai plus la télé) mais il semble que je manque un ingrédient essentiel de pas mal de dystopie.

La téléréalité, un ingrédient chéri par la dystopie comme ici avec Black Mirror

Je suppose que le questionnement face à la zombification des spectateurs face à ces émissions interroge très largement les auteurs. On tourne souvent autour du manque d’empathie, ce côté des gens derrière la télé qui se repaissent de la souffrance, des malheurs voire de la mort des protagonistes. La première dystopie du genre que j’ai lue était Acide sulfurique d’Amélie Nothomb avec une histoire de camp de concentration version télé-réalité. J’avais trouvé le concept intéressant (le roman un peu moins) mais je doutais : non mais est-ce qu’on peut vraiment en arriver là.

Acide sulfurique d'Amélie Nothomb, une dystopie autour de la télé-réalité

Le thème est populaire : Hunger games (je suis en train de me faire la trilogie en livre audio, je vous en parlerai plus tard), Battle Royale (j’ai vu qu’un film, je dois lire le manga car j’ai quand même une forte impression de déjà-vu entre les deux), pas mal d’épisodes de Black Mirror… Je crois que je devrais faire un article par épisode de Black Mirror ou presque… Bref, on nous vend en permanence que les gens qui regardent la télé sont inhumains, qu’ils se gavent de chips et de popcorn en matant de jeunes gens décéder en applaudissant… Dans Hunger games, les jeux sont intégrés dans une évolution de la société, ils sont justifiés par la révolte écrasée des districts. Alors que dans Acide sulfurique, c’est balancé comme ça à la télé. Est-on prêt à voir la télé dans un jeu ? Si je m’en réfère aux cas Koh Lanta et Dropped, il semble que non… mais les candidats n’étaient pas censés décéder non plus.

Dropped : la mort dans la télé-réalité

Et pourtant, on ne peut pas dire que nous soyons dans l’ère de la compassion. Chaque jour que je passe sur les réseaux sociaux, je suis effarée. Par ceux qui n’arrêtent pas de dire à celleux qui décident d’assumer leurs formes qu’ils vont mourir de surpoids, par exemple (je crois pas que le poids des autres me concerne), ça souhaite la mort aux uns et aux autres de façon assez gratuite, ça menace de viol et de meurtre celles qui osent ouvrir leur bouche, ça pleure pour des vitrines mais se foutent de ceux qui ont perdu un oeil ou une main. L’autre est devenu un concept abstrait. Est-ce parce qu’on voit trop de morts dans les fictions, les infos, les jeux vidéos, les réseaux sociaux ou ce que vous voulez ? Ou juste que l’être humain n’a pas grande compassion naturellement. Une des images d’Epinal est le fameux “du pain et des jeux” avec une foule de gladiateurs massacrés dans l’Arène (alors que non, en fait) ou encore les exécutions publiques ayant lieu devant une foule en liesse. On aime imaginer que c’était dans un autre temps, dans des temps barbares mais quand on voit la diffusion d’images violentes et réelles (à chaque attentat, on supplie de ne pas avoir les vidéos ou photos des personnes décédées, on esquive comme on peut les images de décapitation, des tireurs fous à droite, à gauche..) sur les réseaux sociaux, c’est à se demander…

Les Ceausescu juste avant leur exécution publique

Bien sûr, aucun d’entre nous ne peut imaginer une télé-réalité où les gens meurent pour de vrai dès demain. Mais quand on voit la banalité des humiliations, oppressions, de la méchanceté et la médiocrité diffusée actuellement sur les ondes… On peut déjà imaginer que l’épisode de Black Mirror où la petite chanteuse devient une star du porno n’est plus si loin…

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