Cynisme et marketing : Banksy, coupable ou victime ?

Je suis perplexe. C’est pas la première fois sur le cas Banksy, on ne va pas se mentir. Cette personne (ou ces personnes je dirais mais tel n’est pas le débat), c’est un énorme point d’interrogation pour moi, je n’arrive pas à décider si c’est un génie… de l’anticapitalisme ou du marketing. Cynisme outrancier ou tentative de dénonciation foirée ? Je sais pas et quand je me perds en conjectures, qu’est-ce que je fais ? Bah, j’écris un article.

Banksy, exposition à Amsterdam

Alors pour refaire très rapidement mon “histoire” avec Banksy, je citerais deux “rencontres”, une plutôt positive et l’autre un peu moins. La première est le documentaire “Faites le mur” mixant petit reportage sur les grands noms du street art et petite arnaque posée de l’ami.e Banksy qui mettait en scène “Mister Brainwash”, un artiste monté de toute pièce grâce à la magie du marketing. Documentaire que j’avais bien aimé parce qu’il m’avait donné matière à réflexion… et que c’est lors du générique de ce petit documentaire (ou documenteur) que nous nous sommes embrassés la première fois avec Victor. Voilà, petit instant neuneu, savourez bien. Et puis il y a eu cette expo à Amsterdam dans un minuscule musée d’art contemporain qui nous avait un peu interpellés avec Victor en mode “mais en fait, est-ce que ces oeuvres ont vraiment vocation à être exposées dans un musée ? » Surtout que l’expo n’était pas très intéressante en soi.

Banksy, exposition à Amsterdam

Et voici donc cette histoire de ventes aux enchères. Pour les trois du fond qui rentreraient de vacances en mode déconnexion numérique (je vous envie) et passeraient sur ce blog avant tout autre réseau ou site (donc ça ne concerne vraiment personne en fait mais passons), il y a eu la semaine dernière une vente d’un tableau de Banksy aux enchères et à peine la vente fut-elle adjugée que le tableau a commencé à s’autodétruire. Sur le coup, j’ai montré ça à Victor, enthousiaste, en mode “putain, c’est génial, il a encore niqué le game !”. Et puis rapidement le doute. Pas sur le “mais comment iel a fait, était-iel dans la salle ? Sotheby’s était complice ?” parce que je vous avoue que je n’ai pas grand chose à dire sur cette partie-là vu que j’en sais rien. Qu’iel ait intégré une déchiqueteuse dans le tableau ne m’interpelle pas particulièrement… qu’elle marche 10 ans plus tard par contre

Destruction d'un tableau de Banksy en pleine vente aux enchères

Et là, soudain, on patauge en plein cynisme. Non seulement le tableau déchiqueté a pris d’autant plus de valeur, ce qui fait totalement perdre la dimension symbolique de sa destruction mais surtout, le marketing a récupéré direct cet événement, le transformant en mème. Toutes les marques ont détourné la scène pour en faire un objet de promotion et voilà-t-il pas qu’on nous sort même des t-shirt déchirés pour rappeler ce coup d’éclat. Et là, je face de palme option creusement de ma ride du lion. Est-ce que tout cela a dépassé Banksy ou est-ce qu’iel savait très bien ce qu’iel faisait au moment où iel le faisait ? Après tout, si on reprend faites le mur, iel mettait précisément en scène un personnage qui se sert du marketing pour faire son beurre sur le marché de l’art.

Détournement de la destruction de l'oeuvre de Banksy par McDo

Et ça m’agace. Profondément. J’ai toujours une certaine méfiance vis à vis de ce que l’on appelle l’art. Traitez-moi de snob si vous voulez mais à partir du moment où le marketing où s’en mêle, toute beauté s’envole. C’est l’histoire de Koons, McCarthy ou Mister Brainwash où tu te demandes si la démarche artistique n’est pas juste un storytelling marketing des familles. C’est Ben qui se fait un fric monstre avec ses phrases à la con déclinées sur des trousses et des cahiers en mode mantra qui fait baver de jalousie n’importe quel “influenceur” LinkedIn à la con. C’est surtout la sensation que nos élans anticapitalistes sont sacrifiés sur l’autel du profit. Banksy a-t-iel vraiment réalisé sa prestation en n’imaginant pas les retombées ? Sommes-nous à ce point cynique que tout, aujourd’hui, n’est plus qu’argument marketing et événement à détourner pour faire du buzz à moindre frais ? Faut-il évoquer le nom de Banksy avec une pince à linge sur le nez parce qu’on ne sait pas vraiment de quel côté il penche ? Et ça fait chier. Ca fait chier parce que sur le coup, j’ai trouvé l’idée géniale et que j’ai juste l’impression aujourd’hui d’avoir été manipulée. Et j’ai un vrai ras-le-bol de Banksy alors que je n’arrive pas à décréter s’il est victime ou complice d’un système que je vomis.

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Une réflexion au sujet de « Cynisme et marketing : Banksy, coupable ou victime ? »

  1. j’ai eu les mêmes réactions que toi, d’abord enthousiaste et ensuite perplexe. J’avais adoré le documentaire « faites le mur » et tu résumes parfaitement mon ressenti : « l’art, à partir du moment où le marketing s’en mêle, toute beauté s’envole. » Ado je ne comprenais pas l’engouement pour les agendas de ben à la mode, j’ai vu une expo sur ses phrases à la con qui a achevé de me convaincre… Je ne manquais jamais la biennale d’art contemporain de Lyon , mais depuis quelques années, je trouve qu’il y a beaucoup de foutage de gueule, d’œuvres sans sens ni intérêt, je n’y vais plus.

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