Collection de cahiers déjà écrits

J’écris, j’écris, j’écris. Un premier petit carnet dézingué puis un cahier et je termine mon beau cahier jaune… Ce qui me rend un peu triste parce que je le trouve vraiment trop joli et que j’adorais le sortir de mon sac pour écrire. Pas trop joli néanmoins car j’écrit vraiment trop mal, ma mère a failli faire une attaque quand elle a vu ma prose manuscrite. Je finis donc mon 3e… mais ma collection de cahiers, j’en fais quoi ?

Ecrire
Feat la salle de bain de ma maman

Laissez-moi vous parler de Moravia. Mon auteur préféré du monde, pour rappel. Sincèrement, je n’ai jamais retrouvé nulle part cette telle délicatesse et justesse dans la plume. Je m’étends deux secondes sur le sujet mais par exemple dans Les indifférents, à un moment, il parle de lumière “poudrée” en référence aux particules qui flottent dans les airs, la poussière. Jamais je n’avais vue expression si juste. Mon but dans ma vie d’écrivaine, c’est de lui arriver à la cheville. Et ne croyez pas que je vais me comparer à lui dans le paragraphe suivant, juste je vais poser un truc.

Alberto Moravia

Moravia, donc. Il avait des manuscrits comme tout le monde, peut-être des cahiers, j’ai un doute. Or quand il n’aimait pas son travail (ça lui arrivait même à lui !)… il brûlait tout. Hors de question qu’un des manuscrits qu’il n’a pas aimé pop dans le domaine public. Comment je le sais ? Parce que c’est précisément ce qui est arrivé avec les manuscrits de Deux amis, une histoire trouble de deux amis, de parti communiste avec une femme au milieu. Je vous écrirai un jour un article sur Moravia pour vous parler un peu de ses engagements, de son rapport aux femmes et tout ça. Du coup, je regarde mon cahier jaune et l’autre, le vert, et le petit liberty, celui où tout a commencé… Je les détruis ?

Collection de cahiers Galaxy Oelwein
Joli cahier de la marque Oelwein (click sur la photo)

Peut-être que quand j’aurai envoyé le roman de Maja à tous les éditeurs et que personne n’en voudra, je serai tellement énervée que je déchirerai une à une les pages de mes cahiers comme expiatoire… Peut-être qu’au contraire, si j’arrive à décrocher un contrat en maison d’édition, je les détruirai car je n’aurai plus besoin de ces brouillons symboliques… Ou justement les garder précieusement comme symboles du début de cette aventure, un peu comme on garderait la capote trouée qui a permis… non, mauvaise métaphore. Enfin, vous voyez l’idée. Après tout, il y en a des heures de travail là-dedans, j’ai écrit un peu dans les pays de la Loire lors d’un stage yoga, un peu dans des trains, souvent dans des métros et RER (pas à Séville hélas car la vue de notre chambre ne m’a pas inspiré l’envie de graver ce moment là à travers les lignes de mon roman), parfois en réunion, peut-être demain à Amsterdam et sans doute après demain à Rhodes et encore plus tard au Japon (mais j’espère avoir fini le roman de Maja d’ici là et être passée à une nouvelle histoire). C’est pas juste des mots gribouillés aux stylos bille offerts par l’une ou l’autre des régies que je côtoie, ce sont des moments, des souvenirs…

Les bords de Loire
Oui, j’ai écrit là, oui

Mais je vis dans 52m2 avec plein de bordel partout, ça, c’est le vrai argument contre même si j’ai une jolie étagère quasi vide au dessus de ma tête. Alors voilà, pour le moment, mes cahiers, je vais les garder, pour me rappeler tout le travail passé sur le roman de Maja pour commencer, ça me poussera au cul le moment où je jouerai les grosses reloues à base de “non mais en fait, c’est tout nul, je vais pas l’envoyer aux maisons d’édition” gna gna gna. Au pire, après, j’en ferai des sortes de scrapbooking / art work de mon travail parce que… je sais pas.

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