After de Anna Todd

J’ai une lourde croix à porter. Pour mon anniversaire (celui d’avril, oui), on m’a offert pas moins de 4 volumes d’ After de Anna Todd. Sur le coup, je déballe le cadeau et me retrouve face à 4 pavés aux couvertures fluos, un peu étonnée “tu sais ce que c’est ?” “Non” “C’est pareil que Fifty shades of grey!”. Ah ok, j’ai dû communiquer une mauvaise information à un moment pour ue tu penses que j’aime cette littérature. 4 volumes. Mais c’est un cadeau, je me suis fait un devoir de lire les 4. J’ai terminé le 1er et je vous avoue que ma bêta testeuse (Anaïs, qui a dévoré les 50 nuances…) a vraiment du mal à finir le 2. Donc pour vous expliquer pourquoi on en chie des ronds de chapeaux, laissez moi vous conter l’histoire.

After de Anna Todd, l'érotisme pour les coincées

Theresa dite Tessa, arrive à la fac. Fille à maman qui lui a bien serré la vis, fiancé au good boy qui sent bon le chocolat chaud et les corn flakes, elle fait la rencontre de sa coloc de chambre, une meuf piercée, tatouée et habillée comme une pute (ce qui dans la tête de Tessa veut dire “jupe qui arrive au dessus du genou et débardeur). Maman de Tessa est très fâchée mais fifille ne veut pas faire d’histoires. La coloc, Stef, a plein d’amis tous tatoués aussi dont Hardin, un Britannique que Tessa déteste car il est trop con. Mais au fil des soirées alcoolisées, les deux vont se rapprocher jusqu’à ce que…

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Bon, rien de neuf sous le soleil : la petite vierge et le bad guy, ils se détestent donc se kiffent à mort et après 475 pages de niaiseries, ils finissent par coucher ensemble (bon, ils ont fait un peu de touche pipi et de caresses buco génitales avant, quand même). Tessa, ravagée par la passion, plaque son mec à la guimauve, se fâche avec maman, quitte sa chambre d’étudiante pour partir vivre avec Hardin. Ouais, ok. Les scènes de cul sont convenues mais pour le coup, elles sont légèrement plus charmantes que celles de Beautiful Bastard qui étaient toujours écrites sur le même schéma. Charmantes, pas excitantes.

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Ah, le schéma narratif, parlons-en. Comme Beautiful Bastard, on retrouve systématiquement les mêmes séquences “dispute-Han je te déteste Hardin-sexe ou tripatouillage”. Faudra un jour que je me penche sur cette question du “les Américaines se libèrent sexuellement après une dispute”, ça semble particulièrement les exciter, quand même. En tout cas, Tessa, ça lui fait de l’effet, même si on a droit à chaque fois à “mais c’est trop un con, je le déteste, plus jamais je lui parle ! Baisons!”. Mon Dieu. Tant que nous sommes à parler de Tessa, je n’arrive pas à décider si l’auteur est très doué pour nous peindre un personnage flippant de psychorigidité, ce qui la rend assez antipathique au demeurant, ou si cet effet est involontaire. Non parce que Tessa, c’est la meuf qui, au bout de 2 jours de cours, veut à tout prix avoir 15 jours d’avance et faire tous les devoirs (y compris ceux qu’on ne lui a pas donnés?), se met systématiquement au premier rang et lève la main et à chaque question mais surtout, surtout, elle passe sa vie à mettre des réveils pour tout chronométrer : “allez, 20 mn de littérature puis 10 mn de douche puis sieste de 15 mn puis pipi de 2 mn” mais… je crois que tu devrais te faire soigner, mademoiselle. Et puis elle est coincée, putain. Au début du roman, elle se choque que sa coloc et ses amis boivent de l’alcool, qu’elle soit la seule à être encore vierge, que personne ne comprenne qu’elle veut se préserver pour son mariage… Mais le pire, c’est que quand elle finit par tripoter Hardin, elle se choque de ses mots cochons, genre “t’as un trop beau cul”, “oh, je vais jouir” et la meuf, dans sa tête “ohlala, je m’habituerai jamais à son langage grossier”. Heu, pardon, quel langage grossier ? Non mais je veux bien que la fille soit coincée et qu’on insiste LOURDEMENT sur ce point mais le mec va au pire lui dire un “j’ai envie de toi”, pas un “je vais te baiser comme une grosse chienne et aller tellement au fond que ça va ressortir par la bouche”… Ah, et truc que je ne supporte pas, ils n’arrêtent pas de s’appeler “bébé”. Je sais que les Americains adorent ça mais je déteste ce sobriquet, vraiment.

Je n'ai aucune idée de ce qu'est ce film mais les 2 garçons sont tout à fait flippants

Je n’ai aucune idée de ce qu’est ce film mais les 2 garçons sont tout à fait flippants

Pour finir, dernier point et non des moindres : la prétention HALLUCINANTE de l’auteur. Pas mal de scènes se passent en cours de littérature anglaise où nos jeunes héros étudient entre autre Les hauts de Hurlevent et Orgueil et préjugés*. Et l’auteur ose à chaque fois faire des parallèles entre les héros de ces romans et Tessa et Hardin. D’ailleurs, je me demande si c’est vraiment un hasard si Hardin commence par un H comme Heatcliff et si Theresa et Catherine ont des consonances proches. Non mais sérieux, comment tu peux oser un tel parallèle ? Est-ce que moi, j’irai écrire un roman en me plaçant subtilement à l’égal d’un Moravia, par exemple ? Je ne crois pas, non. Il faut quand même être sacrément sûr de son coup pour se positionner direct en face d’un monument de la littérature anglaise et sans frémir, s’il vous plaît. Dommage, tu n’arrives pas à la cheville d’une Emily Brontë. Comme quoi, le sexe n’est pas vraiment l’ingrédient phare des bons romans.

Wuthering-Heights

* que j’étais justement en train de lire en parallèle, cet étron m’a en plus spoilé la fin… Bon, ok, elle était prévisible mais quand même…

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