Les couches du moi

(mon Dieu, ce titre…)

Par moment, j’aime me retrouver seule avec moi-même pour réfléchir à la vie, l’amour, la mort… Et comme je marche 30 mn pour aller bosser, j’ai le temps de penser, voyez. Et justement, l’autre jour, j’étais d’humeur un peu cafardeuse, nostalgique d’un temps qui n’est plus, pensant à ceux que j’aimai et qui ne sont plus. Non pas qu’ils soient morts mais je ne les reconnais plus. Je ne les connais plus.

Avez-vous déjà eu cette sensation, quand une personne a été proche de vous, qu’au fur et à mesure que vous vous éloignez, vous la percevez différemment, souvent plutôt en mal et que petit à petit, vous avez cette impression inconfortable que, de fait, cette personne, vous ne la connaissez pas. Qui est cet(te) inconnu(e) avec qui j’ai tant partagé dans le temps ? En terme d’amour, j’ai toujours considéré que cette sensation venait de la chute d’ocytocine, la fameuse hormone de l’amour qui rend l’objet de notre amour si merveilleux. Mais en y réfléchissant, je me dis que l’explication n’est pas dans l’ocytocine mais dans la perte d’intimité. C’est à dire dans le nombre de couches du Moi auquel on n’a plus accès.

Bienvenue dans le cabinet de Nina B., psychanalyste de bazar. Prenons un individu lambda et posons le comme un sédiment (enfin une roche sédimentaire mais sédiment, c’est plus court et on n’est pas sur un blog scientifique), une somme de différentes couches qui s’accumulent au fil de la vie. J’avais autrefois utilisé la métaphore du tronc d’arbre mais pour la démonstration qui suit, c’est mieux le sédiment. Et puis laissez-moi m’enivrer de métaphore, c’est ma passion, voire ma drogue. Bref, le sédiment disais-je. Quand vous rencontrez individu lambda, vous ne voyez que sa surface. Plus vous apprenez à le connaitre, plus vous découvrez ses strates. Sauf que c’est un sédiment intelligent qui décide jusqu’où vous pouvez creuser et vous bloque à un certain niveau s’il ne veut pas se dévoiler dans son intégralité. Bien sûr, on peut parfois creuser un peu plus profondément sans son autorisation en déduisant des strates explorées ce qui peut se cacher en dessous (une de mes activités fétiches avec la métaphore et je me trompe, parfois hélas, assez rarement). Ou vous pouvez lire ses mails et SMS en cachette mais ça, c’est mal.

Du coup, en fonction du degré d’intimité que l’on a avec la personne, on verra le sédiment différemment. Prenons par exemple moi, personne ne souffrant pas du syndrome de multiples personnalités. Selon les personnes, je suis perçue différemment : mes n+1 et +2 ne savent que peu de choses sur ma vie privée, à part que je fais de la plongée et que je danse sur les bars (et peut-être que je chante mais même pas sûr). Ma principale définition pour eux : chef de projet bien intégrée qui fait son taf sans faire de vague. Pour d’autres dans la boîte, je suis la petite aux yeux bleus du social et c’est tout. Pour mes collègues copains, y a plus d’infos. Pour mes amis encore plus. Et pour mes meilleurs amis et mon hypothétique amoureux, y a quasi tout. Or parfois dans la vie, 2 sédiments qui se sont montrés toutes leurs strates (mon Dieu, cette phrase…) s’éloignent. Au fur et à mesure de l’éloignement, les strates se recouvrent petit à petit et on a la sensation de faire face à un(e) etranger(e). On les avait pourtant connues ces strates superficielles mais nous les avions oubliées et elles restent bien moins intéressantes que la base profonde du sédiment. Libre à nous de rester en surface ou de recreuser mais une nouvelle exploration profonde ne nous permettra pas de retrouver la même base car même la strate la plus profonde se meut en fonction de notre vécu.

Bref, la géologie, c’est pas mon truc du tout (je pense que ça se sent bien). Mais je me suis rendue compte que si j’avais cette sensation d’avoir affaire à un inconnu alors que j’ai partagé une intimité avec une personne, la réciproque est vraie. D’abord parce que la Nina 2.011 n’est pas identique à la Nina 2.012 (Dieu merci pour moi, la 2.011 n’était quand même pas très jouasse) mais surtout que nous ne nous présentons plus que nos strates les plus superficielles, nous tirons un rideau sur nos sentiments les plus profonds, ce qui constitue en fin de compte le Moi absolu, un peu nettoyé du surmoi polissant nos prises de parole dans un milieu où notre intimité n’a rien à faire.

Maintenant, si tu veux me tâcler sur ma non maîtrise de la géologie, fais-toi plaiz (mais explique-moi quand même parce que me dire que je suis nulle en la matière, je le sais déjà, je voudrais en savoir plus du coup).

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2 réflexions sur “Les couches du moi

  1. Je me sens directement interpellée, parce que – vois-tu – je suis géologue. Et la phrase « la strate la plus profonde se meut  » m’a fait hurler de rire.
    Merci de ce fou-rire !

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