C’est historique

Depuis quelques temps, mes rares plages lecture (je vais au boulot à pied) sont consacrés au Nouvel Obs. Tout ce bain d’actualités, ça me fait réfléchir : les guerres, les catastrophes, la crise, les maladies… On a comme la sensation d’une charnière, d’une histoire qui change, d’un avant et d’un après. Mais mesure-t-on réellement la portée de ce que l’on vit ?

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Ce qui m’a toujours fascinée en histoire, c’est le phénomène de feu au poudre ou encore l’effet domino. En découvrant l’assassinat d’un archiduc à Sarajevo en 1914, a-t-on pressenti que le premier domino s’écroulait et allait déterminer toute l’histoire du XXe siècle ? A contrario, certains événements n’ont-ils pas été surinterprété ? Considérés comme une date que personne n’oubliera alors que dans 50 ans, ça restera du domaine de l’anecdote ? Quelles dates restent inscrites finalement dans l’histoire ? A brûle pourpoint, je dirais 476, la fin de l’Empire Romain d’Occident, 1492, 1789, 14-18, 40-45 et 1989. Bien sûr, ma réponse est pas mal conditionnée par ma nationalité et je choisis un peu les dates fixées par les historiens pour marquer la fin des grands périodes historiques (Antiquité (476)/Moyen Age (1492 ou 1515, ça se chamaille)/Epoque moderne (1789 ou 1815, là aussi, c’est pas clair)/Contemporaine). Et le reste ? Tout est historique, rien ne l’est ?

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Prenons un exemple concret : le 11 septembre. En Histoire, les siècles ne commencent pas un 1er janvier XX00 pour se terminer un 31 décembre XX99 (je me souviens plus très bien si les siècles commencent les années 00 ou les années01). Non, on choisit un événement clé. Exemple : le XXe siècle est débutant en 1914. Donc le XXIe siècle débute le 11 septembre 2001 ? Pas si sûr. En 2002, l’historien René Rémond était venu faire une conférence au Mirail et estimait que le 11 septembre n’était pas une date charnière de notre histoire et je suis pas loin de le suivre. Il me semble, sans recul aucun, que les révolutions arabes pourraient être bien plus importantes en fin de compte. Evidemment, faut attendre la suite, je sais pas encore si on a assisté à l’étincelle de la mèche de la dynamite ou à un pétard mouillé. 

Et pourtant, ça bouge, ça craque, ça s’agite. L’Europe est submergée par le mécontentement de ses classes les moins aisées (y compris la classe moyenne) qui en ont marre de payer quand les plus hautes sphères paradent accrochées à leurs parachutes dorés. Que l’insécurité est partout et je ne parle pas de violence mais de vie en général : le monde s’effrite visiblement, notre nourriture nous empoisonne, nous sommes tous menacés par un capitalisme qui a perdu la tête. Où va-t-on ? C’est là que je suis intriguée car on sent un ras-le-bol, une envie d’autre chose mais une envie de quoi ? L’heure des révolutions va-t-elle ouvrir la porte à des fronts de gauche basés sur une égalité, un rééquilibre ou, au contraire, à des partis populistes qui cachent leurs élans xénophobes en expliquant qu’au fond, si on est dans la merde, c’est bien la faute des étrangers qui nous prennent tous nos sous. Et surtout les étrangers colorés, c’est qu’ils sont plus faciles à reconnaître et donc à montrer du doigt. Le dossier du Nouvel Obs sur la montée de l’extrême droite en Europe fait peur. La nouvelle image assez glamour du FN grâce à sa blonde Marine (entre nous soit dit, son relooking est effectivement une réussite, c’est pas pour autant que je voterai pour elle) me fait froid dans le dos vu qu’elle capte pas mal de déçus du sarkozysme, trop ancrés à droite pour choisir une alternative de gauche. 

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Où va-t-on ? Peut-être nulle part, l’année 2011 ne restera peut-être pas dans les mémoires en fin de compte. Si on prend 1956, par exemple, avec l’insurrection de Budapest et les émeutes de Poznan, on aurait pu croire au début de la fin du communisme. Cette année là aussi, il y avait eu la guerre de Suez. In fine, qui se souvient vraiment de 1956 ? Le monde s’emballe mais peut-être va-t-il se calmer, que nous continuerons notre train train et que rien n’aura vraiment changé. Ou nous sommes à l’aube d’un grand bouleversement. Comment savoir ? Le mieux est de garder les yeux ouverts. Dans 10 ans, on saura (ou pas).

2 réflexions sur “C’est historique

  1. Ce qui me fascine dans l’Histoire, c’est la manière dont elle se répète… Mais ce ras-le-bol, tant en Afrique qu’en Europe, il m’apparait comme différent. Je me trompe peut être, mais du nouveau est à venir. Pour le meilleur ou pour le pire…

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