Comment j’ai re tutoyé le chômage

J’ai de l’intuition et dans la vie, ça me sert. 07 décembre, je croise par hasard le responsable du matériel informatique dans le RER après une longue journée de travail. On papote un peu et il me révèle que quelqu’un de mon service nous quitte. Pardon ? On est 7 dans mon pôle et personne ne me semble en position de démissionner. Je blanchis et formule ces mots : « putain, c’est moi… ». Il a beau me rassurer, j’en suis persuadée. Il faut savoir qu’ils ont prolongé ma période d’essai, « c’est normal, ne t’inquiète pas ».  Je saoule
l’Amoureux et ma mère avec cette histoire, j’envoie un mail à Caroline, une de seules collègues avec qui j’ai sympathisée et qui sait toujours tout sur tout mais pour le coup, elle ne sait rien. Mais elle me rassure, il n’y a aucune raison que je dégage.

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09 décembre, un jeudi. Je suis fébrile, je le sens pas. Je pars aux toilettes et quand je reviens, je croise dans le couloir ma n+1 et le directeur du pôle qui vont s’enfermer dans un bureau. Je suis sûre qu’il se trame un truc. 5 minutes plus tard, ma chef, blanche comme un linge, vient me chercher. Je ne prends pas mon carnet de note, je sais ce qu’ils vont me dire. « Bon, ce qu’on a à te dire n’est pas facile ». Bingo. « Je sais, Joël m’a dit que quelqu’un partait du pôle, je sais que c’est moi ». Stupeur et tremblements. La mission de Joël
sur notre pôle n’avait rien à voir avec moi et ma chef s’énerve mais je lui dis la vérité : c’est mieux qu’il y ait eu ce quiproquo, ça m’a permis de me préparer. D’ailleurs, je ne réagis pas vraiment, contrairement à ma chef qui semble au bord des larmes. 

« On est contents de ton travail mais ton poste est trop à cheval sur celui de Caroline [responsable de la modération] et la direction a décidé qu’on ne pouvait pas maintenir ton poste.

– Mmmm. Désolée de pas réagir, c’est pas que je m’en fous, au contraire, juste que je m’étais préparée ».

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Fin de l’entretien. Réaction une : envoyer un mail à Simon, mon chef chez TGGP ainsi qu’à Claude, mon ex collègue de ma première boîte. Je vois mes collègues de chez Pubilon le soir même, je ferai passer le mot à ce moment là.


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Réaction deux : prévenir Vicky qui avance notre déj à 12H car je sens que les larmes montent : « sors de suite de ce bureau ! ». Caroline me demande ce qui ne va pas « j’avais tort pour l’histoire de Joël mais raison sur la finalité, ils ne me gardent pas ». Je rejoins Vicky, pleure dans ses bras, réalisant soudain l’incroyable, l’insurmontable, ce qui me terrorise le plus : je retourne au chômage. Tous mes anciens démons remontent à la surface, les mauvais souvenirs de mes un an et demi d’inactivité. Non, non, je ne veux pas revivre tout ça ! 

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De retour au boulot, Vincent, qui m’a embauchée me prend à part : « c’est pas ta faute, c’est celle à pas de chance. Mais on te recommandera au besoin, ne t’inquiète pas ! ». Ouais ben en attendant, je vais rafraîchir mes fiches viadeo, linked in et do you buzz. Oui, j’ai parfaitement conscience de la date : j’ai une fenêtre de 10 jours avant les vacances de Noël, je ne dois surtout pas traîner.


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Le soir, j’appelle mes parents pour leur annoncer la nouvelle. Je suis passée direct de la phase 1 (le choc) à la phase 3 (la colère) du deuil sans passer par le déni. Oui, je suis inexplicablement en colère parce que je ressens qu’il n’y a pas de morale de l’histoire, pas de « ça me servira au moins de leçon ». J’aurais échoué, j’aurais été mauvaise, j’aurais pu me dire « bon, ok, j’ai chié mais je retiens, je ne recommencerai plus ». Là, c’est juste que finalement, mon poste paraissait superfétatoire, un magnifique « c’est pas toi, c’est moi
» qui ne console pas du tout. Le lendemain, je demande à ma chef qu’on déjeune ensemble car ça fait à peu près une journée qu’elle n’est plus capable de me regarder et que j’ai pas envie de vivre ça pendant un mois donc je la convoque en gros pour lui dire que je n’ai plus ni colère ni rancœur. « Mais enfin, c’était pas à toi de faire cette démarche ! ». C’est pourtant moi qui l’ai faite. Un déj intéressant où nous nous sommes parlées à cœur ouvert, je lui ai parlé de mon traumatisme Pubilon qu’elle a parfaitement ressenti, elle m’a rassurée sur mes compétences « arrête de t’excuser et demander, fais les choses, tu les fais bien ! ». En fait, ce vendredi 10 janvier, je me suis levée soulagée comme jamais. Deux jours plus tard, j’ai vu une copine qui m’a dit « je ne t’avais jamais vue comme ça, tu as l’air tellement détendue, j’ai failli ne pas te reconnaître ».


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Parce que ne jouons pas les Cosette à outrance, je n’aimais pas ce job. J’ai joué de malchance dès le départ : arrivée en juillet, Vincent, mon censé n+1 n’était pas là, c’est à Martine de me gérer. Martine qui ne doit plus s’occuper de la communauté au retour de Vincent donc elle est cordiale mais ça ne va pas au-delà. D’ailleurs, dès le premier jour, j’ai déjeuné seule, Martine et sa stagiaire Camille étant en déjeuner. Quand Vincent est revenu, il ne s’est guère intéressé à la communauté car il savait qu’il allait changer de service et que Martine allait récupérer, qu’elle soit d’accord ou non, la communauté. Du coup, j’ai passé les deux premiers mois à faire mumuse avec mes powerpoints stratégiques qui ont fini dans un placard virtuel, personne ne s’en est occupé, tout est resté lettre morte. Plus le temps passait et plus le contour de mon poste devenait flou, les tâches qui m’étaient allouées s’effaçaient au fur et à mesure. La newsletter communauté ? En attente. Le fil actu de la communauté à communiquer en interne ? Non, on le fait pas finalement. Les panels ? En attente. Seules réelles missions : organiser des rencontres avec les internautes et identifier les thèmes clés pour chaque forum pour aider le SEO (ça, j’ai bien aimé). Sauf que les rencontres des internautes, ça n’amuse plus trop la direction. Du coup, je fais mumuse sur les forums, je dialogue avec les internautes, je crée des sujets avec un pseudo officiel et des faux pseudos, je mets de côté des conversations sympas. A un moment, je réalise que mon job est devenu le même que celui de chez TGGP, avec presque 20% de salaire en plus. Du vol.


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J’aurais pu m’en contenter : être bien payée pour pas grand-chose, c’est du vol mais je peux m’épanouir ailleurs. Mais quand même, ça me titille, ça me dérange, j’en ai marre. Car ce que je ne vous ai pas dit, c’est que ce fameux 07 décembre, je suis arrivée tard… Parce que je sortais d’un entretien.  Hé oui, la séparation était plus ou moins d’un commun accord.

Demain, je vous raconte comment mon chômage n’a que peu duré.

6 réflexions sur “Comment j’ai re tutoyé le chômage

  1. Un nouveau Tanguy qui poste un nouveau commentaire…
    Enfin j’aie 22 ans et je ne sais toujours pas situer mon intêret pour tel ou tel branche professionnelle…
    Je sais pas trop comment construire mon commentaire donc désolé d’avance pour la confusion de celui-ci…
    En tout cas, j’aie lue tous les témoignages et c’était fort instructif. Merci d’ailleurs à Nina qui a pris la peine de répondre
    à quasiment tout le monde, c’est aimable de sa part. Vraiment au jour d’aujourd’hui c’est dur pour moi de voir un avenir « positif »…
    En effet pfff… j’aie le sentiment que si on sait pas trop dans quoi se lancer , on choisit pour nous… et j’aime pas ça.
    ça me rappelle les rdv avec le conseiller d’orientation du collège qui m’apportait rien… Pour moi, je le vois comme ça…
    faire des petits boulots en intérim , de toutes sortes pour se fortifier le maximum d’expérience possible pour avoir une vision
    plus globale.Pour en revenir au sujet, je vis chez ma mère séparé de mon père depuis environ 10 ans… elle est gentille, me laisse pas
    tomber, mais en même temps elle m’oblige pas non plus à chercher à bosser ce qui donne que je me laisse un peu couler étant plus trop
    éxigeant dans la vie… en effet, ce qui m’a jamais plus dans la vie c’est les ordis, internet et tout ce qu’on peut y découvrir culturellement,
    autant qu’au niveau du divertissement, ainsi que le sport et les jeux-vidéos.On m’a jamais appris à consommer… plutôt à économiser et éviter de
    dépenser des sous dans des choses futiles… Lamentable, non ? J’avoue que j’en suis pas fier du tout… Pour parler de mon père, c’est un peu
    tabou car ça m’agace, je sais qu’il est quasiment la cause de tous mes malheurs de post-adolescent… (car il était un modèle que j’imaginais à travers lui qui m’a déçue…
    la plus grande déception de ma vie… et je constate encore ajd l’influence qu’ont subi mes grands frères de ça aussi…)ayant vue ma mère se faire maltraiter par lui…
    ainsi que moi ou mes frères mais plus une aggression psychologique que physique du « chantage » … en fait c’est simple, j’aie plus du tout de relation
    avec lui, il m’a offert que si peu de chose (c’est lui qui payaient les vacances familiales, les dernières remontaient à 10 ans de cela.)
    Mais depuis, si il a dépensait 100€ pour moi c’est un maximum… pourtant à l’époque jeune gamin que j’étais , j’admirais son caractère sarcastique et
    cynique, ironique par rapport à une situation où je constatais rien de positif là dedans. (exemple: faire tomber un verre et en rire en étant ironique
    sur le pourquoi et la manière de comment il est tombé…) Oui, car pour en revenir à l’école que j’aie arrêté en 4e… malheureusement, j’étais pas doué
    pour celà, j’aie réussi avec brio en primaire, mais en travaillant beaucoup… avec pour seul motivation de la volonté d’être meilleur que tout le monde
    et me surpasser du mieux que je pouvais mais ça s’arrêtait là. En tout cas, après réflexion et pour basculer à autre chose et repartir de l’avant, j’aie
    décidé de « pardonner » à mon père… enfin pas vraiment, disons que je le fais pour être en paix avec moi-même et ne pas être submergé par la colère et la
    haine… et reprendre la vie du bon côté pour moi et personne d’autre, enfin… si c’est possible même si je me doute que c’est un gros poids d’avec un
    parcours scolaire aussi pourri et avoir un CV avec un trou de plusieurs années dedans…

    /! Je REPARLE DES TANGUY ICI /!

    Mon point de vue… c’est qu’autant on a bcp plus avancée technologiquement qu’avant, mais le soucis c’est qu’on a pas vraiment les moyens financiers d’en profiter
    tout en ayant une bonne qualité du moins… pas tant qu’on est jeune. Hors, on a l’impression de rien contrôler et de se sentir piéger en subissant les événements…
    en ayant essayant de prendre les choses du bon côté pour pas dégénerer ça, seul dans notre coin… du coup pour ceux qui ont la « chance » d’avoir des parents qui suivent
    ça va… bien qu’on se sentent obligés de réussir avec l’investissement de vos parents dans vos études et dans le début de votre vie d’adulte…

    Voilà, désolé pour le gros pavé avant… j’aie un peu dérivé sur qlquechose qui me tenait à coeur, et qui je me doute ne vous a pas forcement intéressé tout le long.

    Peace ! 🙂

    PS : j’aie pausé ce comm à la base sur le sujet des tanguy, mais je parle bcp de mes soucis de chômage dedans alors y’a un petit lien qui reste…

  2. Heureusement que ça finie bien mais tout de même… Se faire éjecter de la sorte c’est infâme.

    Et au faut, le 10 janvier c’était pas un vendredi, c’était un lundi (je le sais parce que je gagnais une année ce jour là) !! 😉

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