Warhol avait presque tort

Depuis maintenant trois ans (Ciel!), je bosse sur les communautés du web. Blogs, forums et même Facebook, Twitter, Youtube… J’ai juste raté le train myspace même si j’ai dû créer un compte pour un client, un jour. Et ce qui est fascinant dans tous ces microcosmes, c’est le sentiment de starification et la vitesse à laquelle on chope le melon. Attention, je suis influente, parle moi correct !


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(c) largentula

Avant même de travailler en lien direct avec les blogueurs, je connaissais le phénomène de blogueur influent et m’en amusais follement. Influent de quoi, de qui ? En tant que lectrice adulte et dotée d’un libre arbitre, je ne vais pas consommer tout ce que me conseille un blogueur surtout quand il est rémunéré pour (oui, je suis en train de lamentablement cracher dans la soupe). Ca peut permettre de découvrir un produit ou un service, bien entendu, mais quand j’entends certains blogueurs influents expliquer qu’ils peuvent faire ou démonter une marque, je me gausse. Par exemple, la blogosphère influente s’est passionnée pour « La personne aux deux personnes », film avec Chabat. Résultat : le film fut un bide. Quelques uns sortent leur épingle du jeu comme Pénélope, Boulet, Margaux Motin pour les dessineux, quelques blogueuses mode ont pu travailler sur une collection de mode comme les chaussures André. C’est bien. Mais cette micro célébrité en rend certains parfaitement imbuvables. Persuadés limite d’avoir le droit de vie ou de mort sur une marque, une agence de comm ou même ta carrière, ils dénigrent en permanence. Comme disait Pink, un champagne tiède servi dans un gobelet en plastique et c’est tout un drame. Dans mon ancien taf, j’avais parfois la sensation qu’on avait créé des monstres. Non mais c’est vrai, concrètement, qui sont les blogueurs ? Des gens qui bossent dans le marketing ou la comm, des
étudiants, des journalistes et des inactifs, pour l’essentiel. Pour les étudiants et les inactifs, cette microcélébrité leur permet soudain d’exister, d’être quelqu’un, les marketeux prennent leur revanche sur des marques trop exigeantes en profitant du système et les journalistes se la jouent vigie moralisatrice parce que eux, c’est leur métier d’écrire et pas les autres. Ok, je caricature mais on n’est pas si loin de la vérité. Ah, j’oubliais les graphistes-illustrateurs mais la blogo-BD est un peu différente dans la mesure où ils ne courent pas après les marques, juste après un contrat d’édition et des piges ce que je trouve bien plus noble, pour ma part.


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C’est bien joli tout ça mais prenons conscience d’un truc : la blogosphère est un microcosme protéiforme où ta célébrité est complètement relative. Je vais prendre mon cas en tant qu’internaute vu que c’est celui que je connais le mieux. Quand j’ai commencé mon blog, en 2005 (ouais, je suis pionnière presque, t’as vu ?), j’en connaissais que très peu et essentiellement dans mon univers, soit les blogs journaux extimes ou « chroniques de vie », comme j’aime dire. Puis alors que je cherchais du travail, ma soeur m’a appris la notion de buzz et je me suis ouverte aux blogs marketing, j’ai commencé à lire des mecs célèbres sur la blogo dont je n’avais jusque là jamais entendu parler et qui n’étaient pour moi que des blogueurs au même niveau que moi. Crime de lèse-majesté s’il en est, je me comparais, moi et mon millier de lecteurs, à des blogs avoisinant les 4000 lecteurs par jour. Vilaine fille, tu seras flagellée en place
publique. Mais calculons un peu : 4000*30 (je suis gentille, je ne tiens pas compte des baisses du week-end), ça nous fait 120 000. Considérant qu’il y a en France (on va dire que les lecteurs sont tous Français même si rien n’est plus faux) environ 65 millions d’habitants, on va dire que la moitié d’entre eux a le web, soit 30 millions en arrondissant vers le bas. Donc 120 000 sur 30
millions, ça nous fait… 0.4%. Paie ton influence. Alors évidemment, on va me dire que ce qui fait le buzz (je refuse d’utiliser le mot ramdam, je trouve ridicule tous les sites qui changent de vocable du jour au lendemain parce que les mots anglais, c’est plus possible. Alors on a pris un mot arabe à la place), c’est la multiplicité des sites qui en parlent. C’est vrai. Et il est vrai aussi que les médias « traditionnels », surtout ceux en mal d’actu, vont se précipiter sur ces buzz pour remplir leurs colonnes. Sauf que ça n’intéresse que nous. Je suis au bord de la jouissance quand je parle à des gens qui ne connaissent pas le blogueur influent dont je leur parle. Et y en a beaucoup. Parce que oui, la blogosphère n’intéresse majoritairement que les blogueurs et les annonceurs évangélisés. Et encore, tout blogueur ne connaît pas la noblesse influente qui se croit au sommet car elle a fait une soirée avec des VIP genre des acteurs qui passent à la télé et tout. Le blogueur est un formidable pique-assiette. Puis il ne faut pas oublier que l’audience de ces blogs vient en immense majorité (jusqu’à 80%) de Google. Je ne sais pas vous mais quand je cherche un truc sur google et que je tombe sur un blog, je n’en retiens pas forcément le nom, je prends l’info et je le quitte. Influent mes fesses, oui.

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Autre phénomène qui me fascine, c’est Twitter. J’adore Twitter, j’adore lire les conversations, observer mes congénères et bitcher ensuite avec Vicky. Parce que, là, pour le coup, c’est comme un immense lycée avec les populaires qui pètent très haut au dessus de leur cul (je suis suivie par 4589 personnes mais moi, j’en suis que 13, des very very VIP) et dont on cherche à attirer l’attention à coup d’insertion de leur pseudo dans nos tweets. Oui, pour ceux qui ne connaissent pas Twitter, quand je veux interpeller une personne, je mets un @ devant son pseudo. Exemple pour me parler, c’est @ninabartoldi. Si la personne me suit, elle verra mon message dans sa timeline mais si tel n’est pas le cas, elle peut cliquer sur le lien « @sonpseudo » de la colonne de droite et voir tous les messages lui étant adressés. Perso, j’ai tendance à ne pas causer à ceux qui ne me suivent pas, je n’ai pas besoin de l’attention de ceux qui ne souhaitent pas me la porter. Ces populaires, stars d’un jour, snobent donc l’ensemble des petits comptes. Beaucoup usent de la technique de l’abonnement massif. Ils vont suivre plusieurs centaines de comptes et quand ils ont leur petit public, ils virent tout le monde pour avoir un ratio d’abonnés largement supérieur à celui de comptes suivis, pseudo gage de qualité. Sauf que perso, comme déjà dit, si la personne se désabonne de mes tweets, je pars du principe que je ne l’intéresse pas donc je ne vois pas l’intérêt de continuer à la suivre puisque tout dialogue l’ennuiera. Puis j’aime pas parler dans le vide. Sans parler du fait que j’ai des amis dans la vraie vie donc je ne
suis pas à un follower près (j’ai tendance à ne pas savoir combien j’en ai, je passe par un client twitter qui ne me l’affiche pas). 

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Autre cas qui me fascine : l’attention whore ou les aspirants populaires. Le but est de faire un max de bruit, de faire parler de soi pour faire péter le nombres d’abonnés. Chez les femmes, ça se manifeste par la nana qui va allumer toute la timeline en ne parlant quasi que de sa vie sexuelle (souvent fantasmée, j’ai du mal à croire que les hyperactives sexuelles passent toutes leurs soirées chez elles à twitter), du fait qu’elle est plus bonne que la plus bonne de tes copines, à sauter sur tout ce qui est sexuellement comestible (hommes comme femmes, la salope est forcément bisexuelle, ça suscite plus) en promettant mille fellations et levrettes… Au point qu’elle en devient sexuellement agressive et pénible. Surtout quand vous avez le malheur de suivre ce compte et celui de sa proie et de suivre une parade pré-coïtale qui n’a quasi aucune chance d’aboutir, l’attention whore étant souvent une simple allumeuse qui ne couche
pas. Si tant est que ce soit bien une femme derrière, j’ai des doutes. Bien entendu, certaines attention whore sont à prendre au 2nd degré et sont de fait très drôles mais souvent, on sent bien qu’elle a beau revendiquer un second degré, le fait est qu’elle cherche le follower et l’attention. Son slogan pourrait être : « Pitié aimez moi! ». 

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La célébrité sur twitter est encore plus éphémère que sur les blogs. On va s’enflammer sur votre cas pendant quelques heures avant qu’un autre prenne la place. Je lisais ce matin un article intéressant sur le sujet, un mec, qui n’a même pas d’avatar, s’est retrouvé star de Twitter car il est le seul compte suivi par Kanye West. Du coup, le gars n’ose plus twitter, scruté par des milliers de gens. Ce que je peux comprendre. Twitter est un formidable outil pour se divertir, s’informer un peu, lire des plumes particulièrement percutantes et acérées (vas-y toi être intéressant en 140 caractères), jouer un rôle. Bien maîtrisé, il est également un bon outil pour les marques qui peuvent discuter avec leurs clients (ce que beaucoup n’ont pas compris, elles se contentent de poster du lien, je ne les suis jamais dans ce cas). Mais la pseudo célébrité sur Twitter, sérieux ? Bon, évidemment, je ne twitte que sous mon nom de blogueuse donc d’un point de vue perso, ça ne m’aidera pas à me faire connaître mon e reputation est ailleurs (cette semaine, un site spécialisé média a annoncé mon arrivée chez mon nouvel employeur, je deviens une community manager célèbre presque… Ca fout la pression !). Pire, je serais emmerdée d’être plus connue sous Nina que sous mon vrai nom… 

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Je suppose que bosser sur le web permet de relativiser cette micro-célébrité. Je vois aussi le phénomène sur les forums où les populaires font la pluie et le beau temps, au point que les nouvelles commencent à être terrorisées à l’idée de poster un message et d’être rembarrées par les stars. Si nos forums explosent littéralement les blogs en terme d’audience, chaque sous section reste finalement une petite place du village. Mais voilà, grâce au web, on a la sensation d’avoir droit à notre quart d’heure de célébrité, voire même plus. Pour ma part, j’ai été citée plusieurs fois dans des journaux et même dans un livre de sociologie (sex@mour de Kauffmann qu’il faudrait quand même que je lise, je ne lis que très peu en ce moment, c’est mal) alors je pourrais un peu me sentir une sorte de « référence ». Une référence de quoi, là est toute la question… (alors que j’ai été publiée sous mon vrai nom dans une revue d’histoire
à l’époque, ça compte bien plus à mes yeux).

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4 réflexions sur “Warhol avait presque tort

  1. En matière de notoriété bloguesque, tout est question de proportion… et de champ d’application.

    Un blogueur BD, c’est souvent un illustrateur professionnel (ou une illustratrice), ou du moins un individu doué de son crayon. Dans les deux cas, surtout le premier, rechercher un contrat d’édition ou de publicité constitue pour eux un objectif naturel, que le blog soit présent ou non. Même si je ne suis pas très fan des transposition de blog sur papier, je suis obligé qu’il y a une logique dans la démarche. Le blog de Margaux Motin est, aussi, en partie, la première de ses vitrines promotionnelles.

    Je lis ton blog depuis longtemps, mais arrête-moi si je dis une bêtise: j’ai cru comprendre que tu avais étudié à l’Ecole de Journalisme de Toulouse, en sus de ta maîtrise d’Histoire. De formation, tu es donc journaliste.

    Par ailleurs tu es aussi blogueuse. Fût un temps, « Les Vingtenaires » comptaient plusieurs collaborateurs réguliers d’horizons et de parcours différents: en vrac, citons Lucas, Bobby, Tatianna, et Diane, en s’excusant d’oublier les nom des autres, situés dans la colonne de droite.

    Non seulement tu gérais les contributions de plusieurs individus, mais tu as aussi créé un forum comme prolongement des commentaires dans les articles. A chaque fois, Tu as pris sur toi de modérer les propos des uns et des autres avec l’aide de quelques bonnes volontés.

    Je ne sais pas exactement ce que recouvre un poste de « community manager », mais si je m’en réfère à la traduction litterale, ça donne « gérant d’une communauté »…

    Tu as dit toi-même que « les Vingtenaires » t’avait ouvert quelques portes professionnellement parlant. Ce serait pas celles-ci? Cerise sur le gâteau, tu as fini par trouver une collaboration régulière (pige?) dans un hebdomadaire.

    Mon point, au-delà de « j’aime beaucoup c’que tu fais, et depuis longtemps », c’est que dans les deux cas (le blog BD et « Les Vingtenaires »), le blog et l’activité professionnelle sont liés. Même si, dans ton cas, ça s’est fait de manière… disons, inattendue.

    Ils sont liés, et le premier est un outil au service du second. C’est pas un secret, à ce titre, il est des professions qui prédisposent mieux que d’autres à l’exercice du blog… En tête desquelles on peut citer les journalistes, les professionnels du marketing ou de la communication, et les artistes.

    Total, effectivement, l’effet pervers que tu cites (l’individu qui se perçoit comme un relais d’opinion à lui seul), menace effectivement en premier le blogueur qui en a fait son activité première. Pour être complet, j’ajouterais que ton milieu professionnel, ainsi que ton niveau d’études t’a probablement assez bien armé contre cet écueil.

  2. Une référence pour moi peut être! Puis que ça fait plus d’un an que je lis tout ce que tu postes ( et même pas je trouve ça lassant) !
    En même temps, je suis tellement de ton avis que bon, j’ai pas à me justifier.
    Sans être VIP sur la blogo, j’ai rencontrée pas mal de blogueuses toutes plus sympa les unes que les autres, sans prises de tête, ni rien. Que du bon. Mais peut être que j’ai de la chance, car pour moi, l’intérêt des blogs repose sur la découverte, la rencontre et le plaisir de lire une bonne plume.
    Et depuis longtemps déjà, j’approuve la phrase de Pink sur le champagne dans le gobelet! 🙂

  3. Désolé Nina, j’ai fait une erreur de frappe en tapant ma réponse, ça affiché plusieurs textes sans lien avec ici. J’ai pas fait attention. toutes mes excuses.

  4. Pour commencer, j’espère que tu n’as pas mal pris mes extrapolations sur ton parcours professionnel. D’une part, je n’en sais que ce que tu as écrit ici, mais c’est sans doute un des aspects de ta vie que tu as le plus détaillé ici, qui plus est de façon continue (Il est loin, le temps des liaisons foireuses…). D’autre part, si jamais un jugement transparait dans mes propos, il est plutôt positif. Passons.

    Evidemment, entre ton activité professionnelle et celle des « Vingtenaires », aussi proches soient-ils, il y a toute la distance qu’on place entre son métier et ses loisirs. Mon idée, c’était de souligner comment les seconds s’étaient mués en une clé d’entrée vers le premier, et ce sans que tu la cherches spécifiquement au départ. Que tu aies su saisir cette opportunité serait à porter à ton crédit plus qu’autre chose. Si j’osais filer cette métaphore jusqu’au bout, je dirais que tu l’as forgée dans tes loisirs et qu’elle s’est retrouvée sur ton trousseau sans que tu y penses spécifiquement.

    Ce qui m’amène à cette espèce de paradoxe : Ceux à qui l’exercice du blog a le mieux réussi –Par là, j’entends ceux qui ont tiré des fruits sur le plan professionnel- sont sans doute ceux qui sont le mieux conscients de ses limites. Tu en es un exemple.

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