T’as peur, dis, t’as peur ?

Il y a 5 ans, je pensais un jour devenir journaliste. Journaliste en quoi, je ne savais pas bien, j’étais plus naturellement attirée par le sportif, le féminin (mais pas la mode ou la beauté, moi, je voulais être chroniqueuse, un peu comme Carrie Bradshaw mais en moins névrosée), l’international. J’avoue que le national ne m’a jamais vraiment intéressée et aujourd’hui encore, je saute assez facilement les pages France. Peut-être parce que j’ai la sensation que l’herbe est toujours plus verte ailleurs ? Peut-être. Mais là n’est pas le
sujet.



J’avais donc cette ambition mais aujourd’hui, j’ai légèrement honte parce que la presse m’exaspère. Mais à un point. J’ai l’impression qu’on écrit tout et son contraire juste pour nous faire peur. Par exemple, la crise. La criiiiiiiiiiiise (en hurlant hystériquement, je vous prie). La garce, elle nous tuera tous. ON perdra tous nos emplois, on ne pourra plus s’acheter de pâtes parce qu’elles seront trop chères, même les coquillettes et puis à la fin, on crèvera tous. Le seul qui peut nous sauver, c’est Obama, tellement qu’on lui file un
prix nobel même pas un an après son élection parce qu’il est plein de volonté. Mais bon, pas de chance, Obama, c’est pas notre Président à nous donc nous, pauvres Français, on a la criiiiiiiiiiiise, on nous balance des chiffres qui font peur comme ceux de l’inflation, du chômage… Tous pauvres demain.

Ceci étant, il vaut mieux être pauvres parce qu’avec toute cette délinquance et cette insécurité, on va tout se faire voler de toute façon. Pourtant, notre gentil gouvernement renvoie tous les impies dans leur pays mais ça ne suffit pas. Peut-être que ça voudrait dire que… non… ça voudrait dire que les délits peuvent être aussi commis par des Français ? Des Français qui ont la nationalité pour de vrai ? Oh ben ça alors ! De toute façon, peu importe, à la vitesse où vont les choses, je vais mourir violée (par 4 individus en même temps) et égorgée au fond d’une rame de RER. Et pauvre.

Quoi que pas sûr, j’ai peut-être une solution de sortie pour éviter cette mort atroce : crever de la grippe A. Les Français sont particulièrement légers sur le sujet, malgré l’atroce pub anxiogène diffusée quotidiennement avec de la musique qui fait peur et des microbes volants. Régulièrement, les journaux nous rappellent l’horreur de cette grippe, que des gens en meurent et tout. Et vous croisez des gens dans la rue avec des masques ? Vous éternuez dans votre coude plutôt que dans vos mains ? Et bien si vous crevez de la grippe, ce sera bien fait pour vous, vous n’aviez qu’à croire les médias, non mais !


Je caricature mais pas tant que ça. Et encore, j’ai pas envisagé l’hypothèse de mourir déchiquetée dans un attentat dans le métro ou pulvérisé dans un crash d’avion parce que les pitots sont tous dysfonctionnels ou que les pilotes se sont endormis. Ou d’autres choses auxquelles je n’ai sans doute pas pensé comme l’anthrax mais ça me paraît passé de mode. Je suis sûre que si j’envoie une lettre avec de la farine dedans, plus personne ne pensera à l’anthrax. C’est bien, une paranoïa en chasse une autre. Comme quoi, toutes les menaces terriblement terrifiantes sont relatives.  Bref, cette course au sensationnalisme effrayant m’agace, on flirte avec la désinformation. Il doit y avoir des cas où on s’y vautre carrément, d’ailleurs. Je n’ai pas besoin qu’on me rappelle tous les jours que c’est la criiiiiiiiiiise, qu’il y a la grippe A, l’insécurité… C’est bien triste certes mais je ne pense pas que ce soit une raison suffisante
pour ne plus sortir de chez moi (même si des fois, je me dis qu’une petite paranoïte aiguë serait sympa comme excuse pour pas aller travailler mais il ne faut pas en abuser sous peine de finir interné). Je suis obligée de sortir de chez moi pour bosser, voir des gens, vivre…



Par contre, ce serait sympa de distribuer quelques bonnes nouvelles de temps en temps… Juste pour voir ce que ça fait.

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5 réflexions sur “T’as peur, dis, t’as peur ?

  1. sans compter que tu peux banalement te suicider du haut du building de ton entreprise ou en plein conseil d’administration…c’est tendance… finalement, la vie reste une maladie drolement mortelle à plus ou moins brève échéance. Raison de plus pour ne pas trop accorder d’importance au materiel, au superficiel, à l’accessoire…et prendre le temps de sourire de tout plutot que d’en pleurer.

  2. http://bonnenouvelle.blog.lemonde.fr/ : le blog des bonnes nouvelles – d’accord avec toi sur la presse, on a souvent l’impression de voir des hyènes relayer n’importe quel bobard (par ex, relayer les propos de Marine Le Pen sur un roman écrit par F Mitterand, on pense ce qu’on veut de lui et de ses qualités littéraires mais c’était un roman)

  3. La peur, le sensationnel, le sordide font vendre. Alors c’est la surenchère chez les journalistes parce que les gens aiment ce qui est dégueulasse. Le voyeurisme explose. Pour preuve, dans les éditions en ligne des grands quotidiens, les articles qui sont le plus souvent commentés par les internautes sont très souvent ceux qui sont les plus sordides, traitant de faits divers. Par contre, un article de fond, sur un sujet général et nous concernant tous, du type « la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU », là il n’y aura pas grand monde pour déverser son propos café du commerce.
    En fait je crois que le problème est double. D’une part, les journalistes, trop arrogants et ne se remettant jamais en question, nous abreuvent d’informations très axées faits divers, mais ne font jamais l’effort de nous tirer vers le haut, de nous aider à réfléchir en publiant plus d’articles de fond sur des problèmes de fond.
    Et d’autre part, les lecteurs, les auditeurs, « l’opinion », jubilent et se jettent comme des vautours sur des affaires sordides.

  4. Tout ce que tu décris a un nom: FUD (pour Fear, Uncertainty, Doubt): Technique de manipulation des masses par le pouvoir ou les entreprises (oui, oui, on utilise ça pour vendre aussi).
    Le plus bel exemple en ce moment, c’est le cas de la grippe porcine. Bien moins grave que la grippe normale qui frappe annuellement on nous rebat pourtant les oreilles avec des histoires de pendémies et de fin du monde. Le tout à un moment où l’industrie pharmaceutique connaît une période très délicate, les innovations étant rares depuis une décennie et beaucoup de brevets étant tombés dans le domaine public. Curieux hasard? Pas du tout.
    Quant au rôle des médias dans l’affaire, bien qu’ils ne soient pas partie prenante à proprement parler, ils sont naturellement très bienveillants car le FUD fait vendre.

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