Quand le doute est bien installé


Comme j’aime à me répéter, allons y gaiement : le travail, c’est tout comme l’amour en de nombreux points. Par exemple, le manque de confiance en soi. Prenez une fille plongée pendant plus d’un an dans une ambiance tendue sans que jamais une seule de ses compétences soit reconnue à sa juste valeur ou presque. Faites embaucher cette même fille ailleurs et jetez là face à son premier client alors qu’elle n’a même pas fini son préavis. Ca vous donne un taux de stress pas possible.

Peu de temps avant ma démission, Ioulia m’avait expliqué un jour que l’ambiance lui bouffait tellement les nerfs qu’elle avait totalement perdu confiance en elle au point qu’elle nous demandait toujours notre avis avant d’envoyer un mail. Pourtant, elle est très loin d’être stupide mais on est tellement pressés qu’on n’arrive plus à lâcher du lest, à un moment. Alors quand Rémi, mon futur boss, m’appelle pour me demander de préparer une présentation sur un projet que je vais récupérer pour un client, je me rends compte que je ne fais pas la fière non plus. Je sais que c’est l’épreuve du feu et j’ai un peu peur d’avoir survendu mes capacités.

Après avoir prépare un joli powerpoint sur le sujet, je débarque dans l’agence de comm qui nous reçoit pile à l’heure (alors que j’étais censée avoir 10 minutes d’avance mais je me suis légèrement perdue, pour changer). Je retrouve Rémi qui m’explique qu’il y a plein de départs et d’arrivées dans la boîte, j’essaie de saisir qui est là, qui est parti, qui va nous quitter et qui va arriver. J’apprends que l’Asiatique que j’ai croisé lors de mon deuxième entretien s’appelle Anthony… Ah, ben, j’aurais pas dit.

C’est là qu’arrive Charlotte, la fille avec qui nous avons rendez-vous. On va fumer une clope dehors et j’en profite pour écouter ce qu’elle raconte pour apporter de l’eau au moulin de ma présentation. Je me sens totalement godiche dans ce milieu design, blanc, avec des filles d’1m70 minimum.



Ah, c’est l’heure de la présentation. Rémi me cède la parole. C’est parti. Je raconte, je fais défiler le powerpoint, je détaille, j’affine. Je ne sais pas si je suis à la hauteur mais Charlotte m’écoute avec attention. Je termine, je retiens mon souffle. « C’est bien, on te sent motivée par le projet ! ». Tataaaaaaan ! J’ai réussi. Il faut que je complète un peu mon document (on m’a toujours appris à ne pas trop en mettre sur le power point pour avoir quelque chose à dire) mais tout s’est bien passé, je sens un légèrement soulagement du côté de Rémi : il a engagé la bonne personne.

Je repars de ce rendez-vous toute guillerette, le cœur léger. En chemin, je repense à ce que m’a dit Ioulia sur sa confiance en elle et je me rends compte qu’elle avait totalement raison. Avant de bosser chez TGGP et même dans les premiers temps, cette réunion ne m’aurait pas autant inquiétée parce que je me savais au niveau. Je me rendais compte de l’espèce de travail de sape pernicieux que j’avais subi pendant un an. Le pire, c’est que je peux même pas réellement jouer les grandes victimes car ce n’est pas moi en tant que personne qui posais problème et qui était « victime » de tout ça mais finalement juste une employée lambda. Une employée dont personne n’avait rien à faire et ça ne m’étonnerait pas qu’au fond, le but était de nous pousser gentiment vers la sortie.

D’ailleurs, mon dernier jour ne restera pas dans les annales. Quand une rédactrice du magazine bébé me demande si je fais un pot de départ, je réponds sans réfléchir : « Bah non, j’ai piscine ce soir ». Les gens avec qui j’ai envie de fêter mon départ, je les convierai plus tard. J’ai pas envie de jouer les hypocrites à sourire à des gens dont je n’ai rien à foutre, qui m’ont toujours regardée de haut car je « passais mes journées sur les forums à poster des messages ». Au moins.

Alors je quitte la boîte, légère. Je suis à peine triste, j’ai plutôt hâte de commencer mon nouveau job. Je sais que je reverrai ceux que j’aimais bien, ceux qui m’ont empêchée de glisser peu à peu dans la dépression. Parce que se lever tous les matins en sachant qu’on va passer 8h à faire des choses qui ne servent à rien, y a plus joyeux dans la vie (si, si). Maintenant, je me suis relevée, mon nouveau boulot est très prenant mais j’aime, je vous raconterai tout ça mais plus dans cette série.

Le journal d’une démissionnaire se ferme ici pour moi mais pourrait être rapidement repris par d’autres plumes. A suivre.

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11 réflexions au sujet de « Quand le doute est bien installé »

  1. lapoulefaitmeuh dit :

    Que d’émotion…petite pincement de coeur comme quand on termine un bouquin qui nous a touché…
    bon ok sauf que le bouquin j’avais la suite plus vite…hihihi mais je te répondrais pour te défendre que le bouquin n’a jamais eu l’intention de m’inviter boire un verre pour se faire pardonner…hihihi
    comment ça toi non plus??? oui bon ok !!

    En tout cas même si tu n’en as surement pas besoin je te souhaite tle meilleur pour ta nouvelle aventure déjà bien commencé…

    Nina the best, forever…!!!

  2. Céline dit :

    J’ai découvert aujourd’hui ton « Journal d’une démissionnaire » et… Oh My God… C’est ma vie ! Bon avec des fonctions différentes mais sur le principe des vexations, humiliations, démission et nouvel envol c’est tout pareil ! En 30 minutes (oui je lis vite 🙂 )j’ai revéçu des moments pénibles mais d’autres beaucoup plus positifs.
    En tout cas, je suis très heureuse pour toi que tu t’en sois sortie. Le grand pas pour moi, c’est lundi 😉
    Bonne continuation !

  3. chikita dit :

    Loin de moi l’idée d’être désagréable, mais la réflextion: »l’asiatique s’appelle Anthony. J’aurais pas cru ». C’est pas un peu raciste, ça.
    Depuis quand les personnes étrangères sont obligées de porter un nom du cru pour rassurer les français dit de souche. Et quand ils portent un prénom étranger, on les accuse de ne pas vouloir s’intégrer.

    Rajoute à cela ton étonnement devant la conseillère bancaire du nom de Samia (à croire que les Samia sont destinées à être caissière, femme de ménage mais très certainement pas conseillère), plus une ou deux autres réflexions de cet acabit dans ce blog.
    Nina, j’apprécie de te lire mais je pense que tu es bourrée de préjugés. Sauf quand on dit à une personne qu’elle est raciste, elle crie tous ses grands dieux qu’elle ne l’est pas, parce que c’est politiquement incorrect.

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