CRITIQUE DE LA LIAISON PRATIQUE

Par Diane

Plantage de décor : j’étais il y a peu en train de déjeuner avec mes amies Gudule et Cunégonde, cette dernière nous contant ses aventures avec ce qu’elle
appelle son « amant », qui équivaut en langage de djeuns contemporains, -d’après ce que j’ai pu lire dans cosmo en tous cas-  au très populaire « sex friend », c’est à
dire un jeune étalon avec lequel on biscote ardemment de temps en temps, quand on en a envie, sans attaches affectives intensives, et sans qu’il aie à venir nourrir le Chat Perceval quand on part en vacances. Devant le récit de ses biscotades légères et libidineuses, je vis soudain Gudule pousser de gros soupirs et nous avouer toute penaude que, elle qui était en couple sûr stable solide depuis plus de 5 ans, elle qui nous contait souvent ses petites joies concubinantes (et je ne vous raconte pas toutes les allusions tendancieuses qu’on peut tirer de ce néologisme là), eh bien
elle, en écoutant Cunégonde, sentit soudain le démon de l’envie s’emparer d’elle. Elle enrage, elle en désespoir, elle en mollesse ennemie de son petit couple gentillet option ikéa et dimanche en famille.

Alors moi, je compare.

1/Gudule soupire sur l’étiolement de la passion qui aux premiers temps de leurs florissantes amours enflammait leurs âmes et leurs libidos. Elle se rappelle, l’œil
humide et lointain, les temps où Childebert aurait creusé la terre jusqu’après sa mort pour couvrir son corps d’or et de lumière…

Aujourd’hui Childebert, Humain trop humain, se gratte les coudes devant le match de foot et se tripote le bide qui grossit au fur et à mesure des descentes de
bières.

2/Les Passions de l’âme ont déserté son quotidien, et elle nous rappelle qu’être en couple signifie également subir tout un tas de petits désagréments matériels
tels que la belle-mère qui critique ta ratatouille (vous mettez trop de poivrons, Gudule !), le caniche quipuequipète de la dite belle mère à sortir, et surtout à supporter,  ou encore les moultes névroses que votre cher compagnon prendra bien soin de vous imposer.

3/Gudule nous avoue qu’elle jalouse aussi ce petit goût de liberté qui a déserté ses pensées. Etre en couple, c’est être, d’une façon ou d’une autre, attaché à l’autre. Si l’on veut tout d’un coup partir à l’autre bout du monde, là où on dit qu’il y fait toujours beau (c’est là que migrent les oiseaux), il faut penser à l’autre (et si lui il veut pas ? je pars quand même ou pas ?). Ou, à échelle plus réduite, si j’ai envie de sortir le soir, de partir en week end avec une amie, il faut toujours prévenir l’autre, avoir en quelque sorte « des comptes à rendre », elle sent que ça enlève à sa vie une sorte de spontanéité.

Et à passer sa vie aux chaud dans ses pantoufles

il se pourrait alors que vos amours s’essoufflent…

Et voilà t’y pas que Cunégonde en rajoute une couche que ouaaaiiis c’est top kiffe cool la vibe le sex friend. Alors moi, je m’interroge


CRITIQUE DE LA LIAISON PURE

Cunégonde nous affirme donc que l’hédonisme est un humanisme, qu’elle se consacre à la jouissance totale et sans entraves morales ou matérielles, qu’avec son
« amant », vu qu’il n’y a pas d’attaches, elle se sent d’une liberté totale et se permet plus de choses, laisse parler ses fantasmes et ses instincts, sans se réprouver, et je ne parle pas que de biscotage, bande de pervers libidineux que vous êtes. Etant donné qu’elle ne se sent pas redevable vis à vis de lui, qu’elle ne cherche pas particulièrement à lui prouver quelque chose, à attester qu’elle est une fille bien et intelligente et spirituelle et morale et que sais-je encore, elle se sent totalement désinhibée et par conséquent laisse s’exprimer ses instincts que la bonne morale ou la Métaphysique des mœurs réprouveraient. Mais à passer sa vie à jouir de ses instincts, se pourrait-il alors que cet amour soit vain? (excusez moi lecteurs, d’avoir pour mes refrains, pris, l’esprit joueur, goût à l’alexandrin…)  

Et là, voyant Cunégonde empêtrée dans ses chimères et sachant que l’Avenir d’une illusion n’est jamais rose, je me sentis immédiatement investie d’une mission de
plombage d’ambiance et de raisonnage caractérisé. Je lui sortis donc, en contrepoint de son éloge de la folie et peut-être aussi pour rassurer notre larmoyante Gudule prête à s’enfuir à Acapulco avec Miguelito le serveur Mexicain du bar, deux arguments :

1/L’authenticité : je me demande : le fait d’être totalement désinhibé, sans  entraves aucune, est-il facteur d’authenticité ? Est-ce être vraiment soi que de ne pas se réfréner ? Est-ce que notre raison, notre morale ne fait pas partie de nous autant que nos vices ?

2/L’intimité : et là, c’est à mon humble avis l’argument en béton, celui qui fait s’écrouler les 99 autres pro-amant-coupdevent qu’on avait pu énumérer avant.
La légèreté, la liberté totale de mouvements, la pure indépendance peut aussi avoir ses inconvénients, la légèreté à son revers qui est la solitude, le manque de solidité. Ne pas avoir d’épaule sur laquelle pleurer ses états d’âmes, ne pas avoir quelqu’un qui aie besoin de nous, bref ne pas connaître ce petit frisson serein, cet étrange sensation d’harmonie et d’apaisement qui nous traverse quand on entend la voix ou quand on sent l’odeur de l’autre sur un vêtement laissé là, c’est quand même louper un sacré bout d’essentiel.

Et me voilà lancée devant mes deux amies sceptiques dans une critique ou plutot un éloge d’une hypothétique et idéale liaison dialectique, qui serait faite bien sûr
d’un dialogue entre la liaison pure et la liaison pratique,  où seraient habilement mêlés l’intime et le léger, et où une heureuse Cunédule roucoulerait des jours heureux en compagnie d’un homme à la fois raisonnable et exalté, une sorte de Roméo pantouflard qui ferait la cuisine en lui récitant du Lamartine.

Et Cunégonde de me répliquer : « A quoi ça sert d’en discuter de toute façon, puisque je suis heureuse » ….Les gens heureux sont
désespérants.

No related content found.

Rendez-vous sur Hellocoton !

7 réflexions sur “CRITIQUE DE LA LIAISON PRATIQUE

  1. Je vous ai déjà dit que j’étais fan de Diane ??

    Voila encore un article que je vais plastronner sur mon corps afin que mes amis le lisent et arrêtent de me dire que j’ai soit disant du style. Là, ils aurotn la preuve de ce que c’est avoir du style, une plume comme on dit, une intensité dans chaque phrase qui donnerait la honte à Barthes qui est pourtant maître en la matière, un propos limpide mais assaisonné deci delà de sauteries qui ne nuisent pas à la cohérence du tout… Je m’en vais précher le culte de la Diane, gardez moi un peu de brioche qd j’arrieverai demain matin le regard fatigué par mon préche épars et…

    Bon j’arrête, je pourrai discuter la nuit entière, inventer des mots insensés qu’elle seule comprendra…

  2. Moi j’ai trouvé ça nul.

    Je préfère le texte sur la tombeuse de JB, qui m’a retourné les tripes et m’a presque tiré la larmichette. C’était vraiment bien vu.
    Elle serait pas normalienne la Diane ?

  3. j’ai dis que je trouvais ce texte nul mais que celui sur Salomé était carémment bien vu.
    Meeeeeerde !
    Nan nan j’ai pas de problème avec les normaliens pourquoi ?

  4. Ahh Lucas, ça fait toujours du bien à l’ego (que tu malmènes un peu Pepzone quand même…snif, moi qui était si fière de mon jeu de mots du (des) titres… )
    Et non, je ne suis pas normalienne, même si ça m’aurais pas déplu…
    Mais bon, au final, je me suis bien amusée avec cet article personellement.

  5. Bon alors attends Diane je vais te dire combien ton texte sur Salomé était bon.
    Au début je me suis dis Nooonn pas un texte littéraire ! on veut du sexe !!!
    Puis je me suis dis minute papillon donnes-toi au moins la peine de le lire. Et là ! Mes amis ! (Enfin n’exagérons rien) disons Mes aieux !
    Du pur bonheur. J’ai enfin compris ce que j’avais vécu quand j’étais devenu fou d’une ingénue de ma fac. Ca seule une femme pouvait l’expliquer ! C’était trrrrrrès bien vu, drôle, léger et drôlement bien documenté. Je me suis dis « Mais Nina, elle les paye ou quoi ? Mais qu’est-ce qu’elle leur fait ? »
    Et là où les gens sont cons tu vois… C’est le premier texte de toi que je lis je crois et du coup, t’as plus le droit de me décevoir ! Je veux paaaas que le charme se rompe… Saloméééééé !
    Mais franchement c’était un pûûr texte et je comprends Lucas qui va encore nous mettre des com d’amour la bave au menton au prochaine de tes oeuvres !
    Euh…C’est fait… Bravo !

  6. Meuhh c’était purement ironique voyons pepzone, je ne suis pas mortifiée de désespoir parce que tu as trouvé mon texte « nul » (ttsss….). Comme disait mon pote Denis, rien ne se passe sans éloge et sans blâme, et celui qui vise à l’approbation générale est un fou. Et puis je suis une fille hein, et une fille, par essence, ça râle.
    Ajouté à cela que peut-être que, contrairement à celui sur Salomé, (où, tu le dis toi même, tu t »y reconnais car tu en as rencontrée une), tu t’es pas senti concerné par ce que j’y racontais.
    Et puis j’essaie de varier un peu les tons, l’autre était plus « intellectuel » disons, et celui ci un peu plus léger…
    Et puis au final, décevoir les gens, bon… du moment qu’on ne se déçoit pas soi même hein…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *