Si t’es chauvin, deviens commentateur sportif

Dimanche matin, la semaine dernière, alors qu’il fait encore nuit et que je suis pas couchée, je décide de regarder le GP de F1 tout en finissant de monter ma vidéo
de la technoparade (5h de travail, je rappelle). Erreur fatale : ne pas avoir coupé le son.

J’aime la F1, je l’ai sans doute déjà dit. Je regarde depuis pas mal d’années, j’ai eu la chance de connaître les années Kiosque, c’est à dire la F1 payante sur plusieurs canaux. Les deux commentateurs, Patrick Tambay et Jean-Luc Roy, étaient sobres, efficaces, rigolards. Evidemment, ils avaient un petit faible pour les pilotes français et, à l’époque, l’équipe Prost mais ça restait léger. Mais depuis quelques années, la retransmission payante n’existe plus et je dois subir les journalistes de TF1 et leur favoritisme même pas déguisé. Alors quand en plus, on  rajoute du chauvinisme, t’as envie de les frapper.

Déjà, on a de la chance, ils ont enlevé l’insupportable Van Vliet pour mettre à sa place le jeune Christophe Malbranque qui est le seul à faire son boulot
correctement. Van Vliet, c’était le mec qui se prenait un peu pour M. Loyal du cirque, il pensait que plus il mettait de R, plus la scène était dramatique. Du coup, ça donnait : « c’est un terrrrrrrrrrrrrible coup du sorrrrrrrrrt pour la Ferrrrrrrrrrrrarrrrrrrrri de Schumarrrrrrrrrrrerrrrrrrr ! ». Jacques Lafitte (autre commentateur, accessoirement ancien pilote) et lui ne savaient que dire qu’une seule chose « c’est la bérézina ». Surtout à l’époque de la moins bonne forme de Ferrari, équipe chouchoute de nos amis avant l’arrivée de Renault. Donc dès que Ferrari ne gagnait pas « c’est la bérézina, c’est la bérrrrrrrrrrrézina, terrrrrrrrrrrrrible ! ».

Cette année, nouveauté : un Français est de retour dans le championnat, Sébastien Bourdais pilotera une toro rosso qui n’est pas précisément la meilleure
voiture du plateau mais c’est vrai que c’est pas si mal. Et alors, là, les commentateurs, ils en peuvent plus, je pense sincèrement qu’ils ont utilisé énormément de kleenex durant la course. Et je ne dis pas ça parce qu’ils ont pleuré d’émotion, hein… Je vous explique un peu la course pour ceux qui n’ont pas vu : premier grand prix de la saison, les règlements ont changé (comme
d’habitude), les pilotes ont perdu de l’aide au pilotage, les voitures sont nouvelles, il n’y a pas eu de GP depuis octobre… Donc c’est ce qu’on appelle un grand prix par élimination. Les pilotes se plantent, on des soucis techniques et le petit Sébastien monte dans le classement. Peu importe ce qu’il se passe devant lui, peu importe qui est en tête, Sébastien est dans les points.


Et là, c’est un festival de mauvaise foi et de ridicule :

« Oui mais si les pilotes sont éliminés, c’est leur faute aussi.

– De toute façon, Sébastien, c’est un finisseur, un finisseur, oui, oui !

– Et dire qu’il fait ça avec une voiture de l’an passé ! Imaginez ce que ça va donner avec une nouvelle voiture ! ».

Evidemment, ce qui devait arriver arriva, la voiture lâcha. Alors là, j’ai cru qu’ils allaient nous faire un suicide collectif tellement c’était le drame. Que les principaux acteurs du championnat aient abandonné, genre le champion du monde en titre Raikkönen, ils s’en foutent mais qu’un pilote au volant d’une voiture plutôt moyenne (pour rester polie) abandonne, là, c’est la fin du monde, immolons nous en cœur, taillons nous les veines, jetons nous sous la mercedes d’Hamilton. C’est trop insupportable ! Mais le mieux, c’est le déluge de mauvaise foi qui continue. Genre Moncet qui continue avec son histoire de finisseur « ah, il a abandonné mais c’est un finisseur, Sébastien, il aurait pu, il aurait fini le grand prix ! ». Alors je rappelle pour les plus étourdis d’entre vous que le métier d’un pilote de Formule consiste notamment à courir un grand prix de bout en bout et de finir en bonne
place. Donc le fait que Seb soit un finisseur, c’est un peu normal ! On a jamais vu un pilote garer sa monoplace avant la fin d’un grand prix parce que ça le saoule… Et Lafitte qui continue : « ouais, c’est vraiment bête mais il  peut vraiment rien, le pauvre Sébastien, c’est sa mécanique qui l’a trahi ». Traduction : les autres, ils ont pété leur moteur parce qu’ils l’ont trop sollicité mais Sébastien, son moteur, il a claqué tout seul. Bah tiens.

Alors, honnêtement, je ne dénigre pas la présence de Bourdais en F1, tant mieux pour lui, c’est mérité. Mais bon sang, il conduit une voiture qui ne lui permettra
jamais de gagner un GP à moins d’une avalanche d’incidents techniques alors restons raisonnables. Parce que là, c’est proprement insupportable.

Et pour la peine, je remets ma vidéo technoparade parce que 5 heures !!


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7 réflexions au sujet de « Si t’es chauvin, deviens commentateur sportif »

  1. Je suis tout à fait d’accord avec toi, les commentaires interminables sur Bourdais étaient insuportables ! Enfin ce matin nos supers « blablatateurs » n’ont pas eu le temps de faire la même chose : Seb n’a même pas bouclé un tour !
    En plus c’est vraiment tellement énervant de n’entendre parler que de Bourdais que ça le rend antipathique, alors que garçon est assez sympathique et réaliste sur ses chances. Aujourd »hui avant le départ il disait que sauf conditions exceptionelles et abandons devant lui ça serait difficile.

  2. madinlove dit :

    j’avais le son coupé… question d’habitude sinon j’essaie de le voir en version anglaise sur eurosport ou autre.
    Quelque soit le sport les commentateurs français j’ai un peu de mal (particulièrement pour le hand)…

  3. nol dit :

    Et heureusement qu’il n’y a plus Michelin !
    Des fois je me disais que Laffite avait dû tricher sur son CV en disant qu’il avait été pilote de F1 vu ses erreurs de commentaires…
    À part le chauvinisme, je trouve que le problème de nos commentateurs est qu’ils veulent donner le plus d’infos possibles, sans rentrer trop dans les détails et tout en essayant de trouver du suspense. Résultat quand ce n’est pas chauvin ou emphatique, c’est superficiel ou contradictoire. On a des monoplaces qui se rapprochent à 2s de la précédente et qui deux tours plus tard se sont « rapprochées » à 3s , le tout avec du « il va le dépasser », « c’est un chasseur ».
    La semaine dernière, ce fut quand même amusant d’entendre un commentateur se réjouir du spectacle des fautes de pilotage en voulant dépasser parce que « avec les nouvelles règles, c’est plus risqué de dépasser » alors que tout le monde regrette le manque de dépassement.

  4. Lucas d'Amore dit :

    Je ressors mort de rire ! Merci pour ça ma Ninette !
    Perso, la F1, j’ai arrêté de la mater il y a… 10 ans. Pas de dépassement, pas de bagarres vraiment marquées : tout se joue aux stands. En outre les voitures sont tellement similaires qu’elles ne peuvent plus se doubler. Le règlement tue le jeu…

    Du coup je me suis intéressé à l’Indycar il y a 10 ans devenue depuis CART (championnat sans aucune aide au pilotage…) Mais aussi au rallye, au DTM et aux voitures… anciennes. Au Tour de France qui a lieu chaque année en Mai…

    Pour moi le sport automobile, maintenant, c’est apprécier une bagarre en sachant que le mec qui est derrière va tout faire pour doubler et non pas tabler sur la chnce aux arrêts au stand…

    Ou alors c’est tout bêtement me faire plaisir sur un circuit de Kart. Voire reconnaitre au bruit une TVR qui arrive ds mon dos, m’extasier sur une Lotus à coté de moi au feu rouge et qui me met 100 metres dans la vue en grondant pour mieux me laisser rêver : un jour elle sera mienne…

  5. Ceux qui n’en peuvent plus de TF1 pourront émigrer en GB l’année prochaine: la BBC a récupéré les droits, donc plus de coupures pubs en plein dépassement!
    Sinon je ne suis plus trop, Ecclestone & Co. ont fait de la F1 un cirque à fric et les changements de règlementations n’ont que pour seul but de donner un semblant d’équilibre à la compétition.

  6. J’ai regardé une partie du GP, à partir de la moitié jusqu’à la fin. Tu as raison, les commentaires étaient saoulant. Heureusement, Michelin et PROST ne sont plus de la partie sinon ce serait la catastrophe absolue. Il faudrait leur dire qu’il n’y a pas que Bourdais en formule 1. Ah, là, là, on vit vraiment une drôle d’époque.

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