La piscine

Par Emma

Bon, j’ai été très silencieuse ces derniers temps. En fait, je n’ai pas du tout vu venir la chose, mais elle est bel et bien arrivée : j’ai fait une toute petite baisse de régime, disons une « semi-dépression » pendant cet hiver. Je l’évoquais déjà ici début décembre.
Je ne saurai pas vraiment expliquer pourquoi c’est arrivé, ni pourquoi le voile se lève petit à petit.
En fait, plusieurs choses entrent en ligne de compte. D’abord mes parents, et nos relations plus que difficiles. Nous avons eu une discussion fin septembre, où l’on a essayé de poser honnêtement nos problèmes. Ca s’est bien passé, mais ça a fait remonter en moi pas mal de choses éprouvantes. Ensuite, mon ex (mon collègue, mon inoubliable passion dont je parle dans cet article) a changé de service, nous ne travaillons donc plus ensemble. J’ai vécu ce moment très difficilement, son départ du service m’a inexplicablement fait revivre notre histoire et ma souffrance, et indirectement mes relations sentimentales catastrophiques.
Et puis, toutes les casseroles que je traîne depuis 27 ans ont profité, ces lâches, de toutes ces émotions pour éclater au grand jour elles aussi. Donc remuer le tout, laisser mijoter et vous obtiendrez moi cet hiver.

Je ne voyais presque plus mes amis, repoussant sans cesse leurs invitations et fuyant leurs questions. « Mais si je vais bien, j’ai juste pas envie de sortir, pourquoi tu me demandes ça? ». Au début, c’était sincère, et petit à petit je savais très bien qu’ils voyaient juste, même si je donnais le change. J’ai beaucoup joué aux MMO aussi, beaucoup plus que d’habitude et que de raison. Tellement pratique de se réfugier dans un autre monde, où la réalité n’a que peu d’emprise si on le souhaite. Je n’ai rien fait de tout ce que j’avais à faire, des choses somme toute normales, mais au-dessus de mes forces. Payer ses impôts, poster ses factures, ouvrir son courrier, ranger chez moi, finir mes travaux… Rien (ajoutez quand même à cela ma paresse naturelle hein ^^). Je n’appelais pas non plus mes parents, faisant s’enliser le lèger mieux de nos rapports. Alors que je suis passionnée, j’ai même laissé tombé le festival dont je m’occupe, ne me rendant plus aux réunions du CA, ne donnant pas de nouvelles, alors que j’étais la première à fustiger ce comportement au sein du Conseil d’Administration. Et mon sommeil! Je suis décalée, vous le savez, mais là ç’était vraiment sur le fil. Je dormais le jour, sauf pour travailler, et je vivais en chauve-souris, la nuit.
Et pendant tout ce temps, je devais pourtant continuer à bosser. Et c’est tellement difficile de « prendre soin » de personnes en souffrance mentale, quelles qu’elles soient, quand on ne va pas bien soi-même.

Il m’aura fallu une chute, où j’ai failli laissé la moitié gauche de mon visage pour remonter à la surface. Le lendemain, j’ai passé la journée en pétage de plomb. J’ai pleuré, tremblé, pleuré, tremblé. J’ai passé la semaine en arrêt maladie chez mes parents, avec qui ça s’est bien passé, et je suis allée voir mon médecin de famille pour lui expliquer mon mal-être. Je commence ma psychothérapie le 14 mars.

Depuis cet évènement, je suis remontée à la surface doucement. J’ai fait mes papiers, rangé mon appart, presque fini mes travaux, je revois mes amis avec qui on a parlé de mon état. Berf, je retrouve mon « état basal » comme on dit au boulot! Il me reste mes casseroles sus-nommées, qui font encore du bruit derrière moi, mais je compte sur le travail que je vais commencer pour qu’elles fassent silence.

Ce n’est pas un article triste, mais il fallait que je pose tout ça par écrit! Alors pas d’inquiétude pour moi, je suis en pleine mutation!

(Pourquoi ce titre me direz-vous? Ben parce que quand on a touché le fond, on donne un coup de pied pour remonter… 😉

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23 réflexions sur “La piscine

  1. même pour les proches c’est difficile à appréhander. j ai une personne qui m est tres cher, qui est dans le meme état que tu l as été et j avoue que je ne sais plus quoi faire. j ai l impression qu elle a envie qu on la laisse tranquille, seule, mais je suis sur qu au fond, non. en plus de ca il y a des gens qui ne comprennent pas ou plus et qui ne se genent pas pour montrer leur incomprehension. pas facile.

  2. Touchant cet article Emma, j’ai l’impression de me lire a travers tes lignes … Je te confirme qu’on peut remonter a la surface, mais c’est un travail quotidien.

    Toujours est-il que je te souhaite bon courage, et le fait d’avoir couche des etats d’ame dans cet article prouve ta prise de conscience et fatalement de ton chemin vers (attention je vais dire un mot vulgaire !!!!) le bonheur.

  3. Par contre, ne t’étonne pas si tu ne files pas vers la surface en ligne droite et que tu stagnes à certains endroits, voire replonge un peu par moment.
    C’est normal, on ne sort pas d’une dépression par un beau chemin tranquille, c’est plutôt chaotique comme route.

  4. la psychothérapie est pas un moment facile, surtout le début qui fait s’effondrer tout l’édifice… mais c’est pour le rebâtir sur des bases plus solides. c’est très courageux de ta part.
    bisous emma.

  5. Je te comprends vu que j’ai un peu touché le fond l’été dernier mais de façon moins violente. Disons que j’ai réalisé que la déconne, c’était bien mais que j’étais en train de rater des choses importantes juste pour me défoncer la tête une soirée, que je me nivellais vers le bas… Je me suis retrouvée allongée dans mon lit, un peu désespérée, me disant que ça ne pouvait plus durer. Le bad trip pur et dur.

    J’avoue qu’en quelques mois, j’ai changé pas mal de choses dans ma vie et ça va mieux du coup. Maintenant, l’étape ultime sera de trouver du boulot (un vrai boulot) mais ça me paraît un aboutissement logique de tout ce que j’ai fait ces derniers mois pour remonter la pente. Récemment, je parlais à un jeune homme qui lit ce blog et m’a dit « mais je pensais sincèrement qu’à un moment, tu avais un pb avec l’alcool ». Dans les faits, mon problème n’était pas tant l’alcoolisme que l’image de moi que j’avais après ces soirées cuitage obligatoire parce qu’on peut pas sortir sans se bourrer la gueule. Parce que je me trouvais minable d’avoir fait ça, que j’avais une sale gueule et qu’en plus, la gueule de bois ne m’aidait pas à faire qq chose de ma journée. En gros, je grillais mes WE juste parce que j’étais sortie et que j’avais bu plus que de raison. Et que je l’avais fait sciemment, en plus, car je connais mes limites.

    Je crois que se rendre compte que y a un souci est la première impulsion, le coup de pied donné au fond de la piscine pour remonter. Maintenant, moi, je sais que ma surface n’est plus loin mais on n’y est pas encore.

    Sinon, pour la psychothérapie, je comprends tes angoisses. Perso, je me suis demandé à un moment si je devais pas en faire une car dès qu’on appuie sur un certain bouton, chez moi, ça me fout totalement en l’air. Histoire de me blinder un peu. Mais j’ai pas le courage. Parce que j’ai peur que ça déterre des trucs qui étaient très bien là où ils étaient et tout ça.

    Courage, en tout cas. Tu sais où me trouver, de toute façon, les soirs de blues où tu veux papoter.

    Nina, la fille qui fait des articles en guise de comm, oups!!

  6. C’est en cours de psychiatrie que je me suis rendu compte que j’étais pas passé loin de la dépression pendant 2-3 ans…maintenant ça va, comme quoi…

    Je me rends compte qu’on est beaucoup ici, donc ça suscite un questionnement: Y’a-t-il un biais de sélection sur ce site (ie les gens qui viennent ici sont une population fragilisée) ou bien est-ce générationnel et la majorité des vingtenaires passent-ils par là? Ce qui dans l’affirmative poserait du coup la question de la médicalisation du mal-être, qui du coup n’est surement pas la réponse idéale…
    Bon, j’arrête de m’écouter penser là.

    Ce que je voulais surtout dire, c’est courage! Les casseroles on les enlève jamais mais on peut très bien vivre heureux avec. Bisous.

  7. ça va faire presque 1 mois maintenant que je viens lire ce blog et c’est vrai que je n’avais pas encore eu l’occasion de te lire .. Je comprends mieux pourquoi !

    L’écriture est une bonne thérapie à nos souffrances donc si ça te fais du bien, autant en profiter, surtout que beaucoup de gens passent par ici et te soutiennent .. Donc courage et à bientôt j’espère =)

    Bonne journée.

  8. « Il y a une faille en toute chose, c’est ainsi qu’entre la lumière »; c’est une phrase de Leonard Cohen et, quand j’ai commencé ma psychothérapie, elle m’a fait du bien. Les gens qui ont souffert ou vécu des passages à vide sont aussi plus lumineux, parce qu’ils ont un vécu, un passé et peuvent faire du bien aux autres, mieux les comprendre quand ils ont réglé leurs comptes avec eux-mêmes (et même avant d’ailleurs).
    C’est bien d’avoir fait la démarche; la psychothérapie c’est parfois chiant, ennuyeux même, ça bouffe du temps, de l’énergie; c’est lent aussi, mais à certains moments, après des mois de rien, on avance à pas de géant et c’est là qu’on comprend pourquoi on est venu. Et ça apporte beaucoup, j’en sais qqchose. Bisous.

  9. ben, bon courage, moi je sais de quoi tu parles; j’ai subis tant de choses, que j’en ai ras le bol, g touché le fond, g presque tout fais foirer; mais je suis heureuse, heureuse d’avoir ma clique magique pour m’aider a remonter la pente!! je ne sais plus, mais eux ils savent!! fo jamais rester seul, s’autodetruire, alors qu’il y a du monde qui te supplie de l’aider!!

  10. Et ben, je ne soupçonnais rien de tout ça à l’époque, même si tes horaires plus que décalés m’interpellaient un petit peu 🙂 J’espère que l’année 2007 te sourira plus que la 2006, et que tu resteras la fille roxante que tu peux être, miss (t’as intérêt, coup de pied au cul sinon). Puis je serai là si tu as besoin de soutien et/ou de changer, tu le sais ! 🙂

    Bisous !

  11. Je n’ai pas la prétention de dire que je te comprends à la simple lecture de ces quelques lignes, alors je vais faire bref. S’isoler, mettre des distances, toucher le fond… tout ça est souvent nécessaire.
    La vie n’est pas toujours rose, rarement même, mais visiblement tu n’as eu besoin de personne pour comprendre que le coup de pied (au cul) était salutaire. Bon courage 😉

  12. Je vous réponds à tous après, hein, mais juste pour préciser à ceux qui ne me connaissent pas : la psy en général, je connais quand même un peu, c’est mon métier 😉
    Donc envisager une thérapie ne m’est pas étranger du tout.

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