La plupart des vingtenaires de ce blog sont étudiants. En fait, hormis Anne, Linga et Victoire, nous sommes tous encore en train d’user nos délicieux fessiers sur les bancs inconfortables des facs, à transpirer comme des gorets dans des amphithéâtres surchauffés… Sauf quand on a la malchance de tomber sur le seul qui n’est pas équipé de la fonction « chauffage ». Franchement, tenir deux heures dans un amphi où il fait à peine cinq degrés à faire semblant de se passionner pour le paradigme de l’entropie (si, ça existe, Gauthier, Clara et moi pouvons en témoigner ! Enfin, surtout eux, je séchais ce cours…), ça relève de l’exploit.
Les études, c’est long, la plupart d’entre nous arrivons à bout. Jeudi, jour férié, alors que je ne faisais rien au bord de la piscine familiale, mon téléphone portable sonne, foutu appareil ! Le nom de Lucie clignote, je décroche, donc et elle me dit, placidement : « j’ai eu mon CAPES. » Tant de calme m’émeut, je lui demande de répéter pour être sûre de bien avoir entendu. Hé oui, notre demoiselle peut devenir professeur au collège, quelle chance ! Ceci étant, je crie de joie et c’est sincère. J’ai passé quatre ans et demi de ma vie avec un candidat au CAPES (qui n’a jamais fourni l’effort maximum, mais bon…) et je sais à quel point cette épreuve est difficile. La première fois, Lucie a manqué l’oral de peu. D’abord effondrée, elle a su transformer son échec en nouvelle énergie pour aller de l’avant. Honnêtement, je peux comprendre sa frustration, l’oral était à portée de main mais franchement, aller à l’oral dès la première année relève de l’exploit. Car, en France, on doit bien aimer l’échec. Pour ceux qui ne se sont jamais intéressés au CAPES, je vous explique la notation : au CAPES, on se prend des mauvaises notes à l’écrit. Résultat : pour aller à l’oral, il faut un 7 de moyenne…Cette année, ils ont même baissé à 6,5 ! Evidemment, toi, lecteur, tu te dis : pourquoi ils notent si dur pour mettre une admissibilité si basse ? Et là, je te félicite lecteur pour ta remarque intelligente et pleine de bon sens. Je me pose la même et je n’ai toujours pas de réponse. A la limite, une explication : les professeurs qui corrigent les copies sont également passés par cette humiliation et tiennent enfin l’occasion de se venger. Aujourd’hui, alors que les professeurs ont pour consigne de noter très largement les copies du bac, il doit y avoir quelque chose de jouissif à coller une note à un seul chiffre sur une copie. Au CAPES, il est possible de se ramasser la note minimale : 1. J’imagine le professeur frustré qui n’a pas pu descendre en dessous de 8 pour le bac alors qu’un élève lui expliquait sans rire les histoires de Lénine et Stallone (ma tante est encore tombée sur cette perle cette année dans ses copies). Je l’imagine le stylo tremblant, un rictus malsain se dessiner sur ses lèvres, le stylo qui trace une simple barre verticale. Pauvre élève, cette simple barre ruine un an d’efforts et de révisions… Tu ne partiras pas à l’oral, tu ne seras pas professeur l’année prochaine, tu dois attendre la mi-mars pour repasser ton concours et tenter de prendre ta revanche.
Et bien, Lucie l’a prise et de fort belle manière, à mon sens. Après avoir pleuré une bonne demi-heure sur son sort, elle est repartie sur les chemins de la révision. Quelques jours pour décompresser dans sa campagne natale et on reprend les livres… Passer un été à étudier la révolution française ou les villes italiennes au Moyen Age, j’applaudis ! Cette année, Lucie a calculé son planning à la minute près. Si vous saviez le nombre de fois où, quand nous l’appelions pour une folle sortie, nous avions droit à un : « Non, j’ai pas le temps, je révise et puis j’ai pas d’argent, de toute façon ! »(ceci prononcé avec une voix pleine d’amour et de douceur, comme vous pouvez l’imaginer). La dernière fois, j’avais été contrainte de lui faire du chantage affectif pour la voir une heure dans un bar.
Mais cette année, Lucie n’avait qu’une priorité, le CAPES. Exit les hommes, le sexe et l’alcool, pour la corrompre, il fallait se lever tôt. Mais enfin, ce soir, elle tient sa revanche : elle a son CAPES et, en plus, elle est mieux classée qu’un connard de notre connaissance et, ça, ça fait plaisir ! Donc, au programme : alcool, alcool et sexe… Enfin, ça m’arrangerait que ce dernier point du programme ne soit pas respecté car je dois dormir chez elle et je ne voudrais pas finir sur le palier.
Je me souviens de la première impression que j’ai eu Lucie, quand un ami commun nous a présentées, je l’ai trouvé très sympathique mais je l’avais classée à tort dans la catégorie : « j’en fous pas une, la fac, c’est les vacances ! ». En effet, au premier abord, Lucie donne l’impression d’une fille extrêmement relax qui ne se prend pas la tête pour les études. Et bien, c’est totalement faux. J’ai appris à la connaître, à l’aider comme je pouvais à concilier les études et son boulot de pionne en lui passant mes cours. Je me souviens d’un mois de novembre où nous étions toutes deux parties à l’assaut de la BNF (Bibliothèque Nationale de France)… Il y a un temps pour tout et quand il est temps de travailler, Lucie ne le fait pas à moitié !
Samedi, nous voici donc réunis chez elle avec Gauthier et des gens très sympathiques dont l’ex de la demoiselle qui est drôlement mignon, j’avais oublié… Ce fut une folle soirée que je ne narrerai pas dans les détails, d’autant que je me suis illustrée par ma forte alcoolémie. Et puis Lucie est déjà repartie sur les chemins de la conquête : après une semaine de vacances dans le Cantal avec Gauthier, elle reprendra ses livres pour son agrégation interne. Je commence à me demander si cette fille n’est pas une boulimique de travail.
Ma Lucie, je te dédie ce dernier paragraphe pour te répéter à quel point je suis fière de toi. Ton CAPES, tu l’as amplement mérité et l’avoir dès la deuxième fois relève de l’exploit, à mon avis. Surtout quand, comme toi, on cumules études et boulot. J’admire ta détermination et ton courage. Comme je te l’ai dit, j’ai eu peur pour toi, cette année, peur qu’à force de travailler, tu finisses par craquer mais tu es une citadelle, un fort, un château (comme celui que nous avons visité l’an dernier en Dordogne, sauf que tu n’es pas en ruine). J’espère que tu feras la passe de deux avec l’agrégation l’an prochain…Et là, promis, je ne forcerai pas à nettoyer ta salle de bain à 5 heures du matin.
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